À Dakar, les inondations récurrentes ne résultent pas uniquement de l’intensité des pluies. Selon la géographe-urbaniste Anta Gueye Sarr, plusieurs facteurs liés à l’urbanisation, à l’occupation des sols et à la gestion des eaux accentuent le phénomène. Elle appelle à revoir en profondeur la planification urbaine pour réduire durablement la vulnérabilité de la capitale et de sa banlieue.

Une urbanisation qui accentue la vulnérabilité

Les fortes pluies ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer les inondations qui frappent régulièrement Dakar. Géographe-urbaniste et présidente de la cellule des femmes du Club de réflexion sur l’urbain (CRU), Anta Gueye Sarr met surtout en cause les transformations urbaines de ces dernières décennies.

Dans un entretien accordé à L’Observateur, la spécialiste identifie plusieurs facteurs majeurs : une urbanisation non maîtrisée, l’occupation des zones à risque, l’imperméabilisation des sols et l’insuffisance des ouvrages de drainage.

Selon elle, ces choix d’aménagement ont progressivement réduit la capacité du territoire à absorber et à évacuer les eaux de pluie. Ainsi, plus la ville s’étend et plus elle recouvre les sols naturels, moins ceux-ci peuvent jouer leur rôle dans l’infiltration des eaux.

La nappe phréatique, un facteur aggravant

À ces difficultés s’ajoute la situation particulière de la nappe phréatique. À Dakar, celle-ci se trouve à faible profondeur et peut même affleurer dans certaines zones.

Par conséquent, lorsque le sous-sol atteint son niveau de saturation, l’eau de pluie ne peut plus s’infiltrer correctement. Les eaux stagnent alors en surface et peuvent maintenir certaines zones sous les eaux pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois après la fin de l’hivernage.

Anta Gueye Sarr établit également un lien entre l’exploitation des forages de Thiaroye et le niveau de la nappe. Selon elle, « la non-exploitation des forages de Thiaroye a entraîné une remontée de la nappe et provoqué des inondations dans la banlieue dakaroise ». Face à cette situation, « la SONES est obligée de procéder au rabattement de la nappe ».

Les facteurs humains au cœur du problème

Lorsqu’elle hiérarchise les causes des inondations, la géographe-urbaniste place d’abord l’urbanisation non maîtrisée et l’occupation des zones à risque.

Elle cite ensuite l’imperméabilisation des sols et l’insuffisance des ouvrages de drainage. À ces facteurs s’ajoutent la topographie relativement plane de Dakar, la présence d’une nappe affleurante, l’intensité des pluies et la variabilité climatique.

Toutefois, la spécialiste insiste sur le poids des activités humaines dans l’aggravation du phénomène. Pour elle, « les facteurs anthropiques expliquent la gravité des inondations ».

Repenser la planification urbaine

Pour réduire durablement les inondations, Anta Gueye Sarr préconise avant tout de renforcer la place de la planification urbaine.

Elle recommande notamment d’interdire les constructions dans les zones à risques et de faire respecter les plans d’occupation des sols. Dans le même temps, elle appelle à préserver et à restaurer les espaces naturels capables de retenir les eaux, tout en renforçant les systèmes de drainage.

La spécialiste propose également de réduire l’imperméabilisation des sols. Par ailleurs, elle invite les autorités à repenser l’aménagement de l’ensemble de la région de Dakar en développant des pôles urbains extra-muros. Cette stratégie permettrait, selon elle, de réduire la pression foncière exercée sur les zones les plus vulnérables.

Réduire le risque plutôt que viser le « risque zéro »

Malgré les solutions envisagées, Anta Gueye Sarr rappelle que les inondations ne peuvent pas disparaître totalement. « Le risque zéro n’existe pas en gestion des inondations », souligne-t-elle, ajoutant qu’« aucune ville ne peut éradiquer les inondations ».

Cependant, la spécialiste estime qu’une politique intégrée peut considérablement réduire l’exposition des populations. Pour y parvenir, elle plaide pour une approche qui associe l’aménagement urbain, la gestion des eaux et les infrastructures d’assainissement.

Son principe résume cette vision : « L’aménagement doit précéder l’urbanisation et non le contraire. »

Laisser un commentaire