Face à la montée des fake news et des deepfakes, des acteurs des médias et de la société civile veulent mieux coordonner la lutte contre la désinformation en Afrique de l’Ouest. Réunis à Dakar les 6 et 7 octobre, ils posent les bases de « West Africa Info Watch », un réseau régional consacré à la veille, à l’alerte et au partage d’informations.

La désinformation ne connaît pas de frontières. Elle circule rapidement d’un pays à l’autre, notamment sur les réseaux sociaux.

Face à cette menace, les acteurs des médias et de la société civile plaident pour une réponse régionale coordonnée.

La conférence sous-régionale organisée à Dakar vise précisément cet objectif. Elle doit permettre de poser les bases d’un réseau baptisé « West Africa Info Watch ».

L’ambition est de renforcer la résilience informationnelle en Afrique de l’Ouest. Il s’agit aussi de contribuer à la cohésion sociale, à la paix et à la stabilité démocratique.

Fake news et deepfakes : une menace qui s’accélère

La multiplication des fake news, des deepfakes et des contenus manipulés inquiète les acteurs de l’information.

Ils estiment nécessaire de mettre en place des mécanismes permanents de veille, d’alerte et de réponse.

La priorité porte également sur l’éducation aux médias. Les participants veulent renforcer les compétences des professionnels et favoriser la production de contenus fiables.

Une attention particulière doit être accordée aux langues locales. Des contenus accessibles dans les langues africaines peuvent, selon les participants, contribuer à mieux toucher les populations.

L’objectif est clair : répondre aux nouvelles formes de manipulation de l’information tout en renforçant la paix et la sécurité dans la sous-région.

« Face à une menace transfrontalière, une défense collective est efficace »

Pour le coordonnateur Benbéré, Abdoulaye Guindo, la coopération régionale constitue une nécessité.

« Face à une menace transfrontalière, une défense collective est efficace », a-t-il déclaré.

Il considère la conférence de Dakar comme un espace de convergence et d’apprentissage. Elle doit également permettre aux différents acteurs de construire des réponses communes.

Durant deux jours, les participants examinent les différentes formes de désinformation.

Ils se penchent également sur les risques liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Les échanges réunissent notamment des professionnels des médias, des chercheurs, des organisations de la société civile et des acteurs du numérique.

« West Africa Info Watch » : vers un réseau régional permanent

Au-delà des discussions, les participants veulent parvenir à un résultat concret.

Ils travaillent à la création d’un mécanisme capable de collecter, vérifier et partager les alertes.

Le futur réseau devra aussi faciliter l’échange de bonnes pratiques entre les acteurs de plusieurs pays.

Pour Abdoulaye Guindo, l’ambition est de construire un dispositif durable.

« Notre ambition, elle est simple : transformer cette rencontre en politique particulière et durable », a-t-il expliqué.

Il souhaite notamment connecter les journalistes, les chercheurs, les organisations de la société civile et les citoyens.

Près de 200 millions d’internautes en Afrique de l’Ouest

L’enjeu est d’autant plus important que l’usage d’Internet progresse rapidement dans la région.

Selon les données de DataReportal, les 16 pays d’Afrique de l’Ouest comptaient, au début de 2026, 196,072 millions d’utilisateurs d’Internet.

La région comptait également 99,732 millions d’utilisateurs des réseaux sociaux.

Ces chiffres montrent l’importance prise par les plateformes numériques dans la circulation de l’information.

Ils illustrent aussi la rapidité avec laquelle une fausse information peut atteindre plusieurs pays.

L’IMS appelle à investir dans les médias et les langues africaines

Le représentant Sahel de l’International Media Support (IMS), Djibril Seydou, voit dans « West Africa Info Watch » une opportunité de créer un mécanisme régional permanent.

Celui-ci pourrait assurer la veille, l’alerte, le partage d’informations et la coordination des réponses.

Mais la réussite du réseau dépendra de son organisation.

« Sa crédibilité dépendra de notre capacité à définir ensemble une vision claire d’une gouvernance inclusive et une modalité de collaboration réaliste », a-t-il déclaré.

Djibril Seydou appelle également à investir dans les compétences humaines et techniques.

Il préconise un soutien accru aux médias et aux organisations locales. Il insiste aussi sur le développement d’outils adaptés aux langues africaines.

Pour l’IMS, l’éducation aux médias reste un autre levier essentiel.

Désinformation : protéger aussi la liberté d’expression

La lutte contre les fausses informations doit toutefois respecter les libertés fondamentales.

La cheffe de mission adjointe à l’ambassade royale du Danemark à Dakar, Nille Gry Olesen, insiste sur cet équilibre.

Selon elle, une information fiable permet aux citoyens de comprendre les décisions qui les concernent. Elle leur donne aussi les moyens de participer au débat public.

« Nous devons investir dans la confiance. Vérifier et corriger les fausses informations est essentiel », a-t-elle souligné.

Elle plaide également pour un journalisme de qualité. Celui-ci doit reposer sur des médias indépendants et des journalistes capables d’enquêter en toute sécurité.

La lutte contre la désinformation ne doit donc pas devenir un prétexte pour restreindre la liberté d’expression.

« Elle ne doit jamais servir de prétexte pour faire taire les voix critiques ou entraver le travail des journalistes », a-t-elle insisté.

Des campagnes de désinformation qui dépassent les frontières

Nille Gry Olesen appelle ainsi à renforcer la coopération entre les pays ouest-africains.

Les campagnes de désinformation circulent rapidement. Elles passent d’un pays à l’autre et utilisent plusieurs langues.

Les acteurs chargés de les détecter doivent donc pouvoir partager rapidement leurs analyses.

Une alerte identifiée dans un pays peut ainsi permettre à d’autres acteurs de la région d’anticiper une nouvelle campagne.

La création de « West Africa Info Watch » veut répondre à cette nécessité.

Le défi consiste désormais à transformer cette initiative en un réseau régional opérationnel, inclusif et durable.

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