La multiplication des contacts de Bassirou Diomaye Faye avec les partenaires financiers et les dirigeants étrangers traduit, selon l’analyste Amadou Moctar Ann, une stratégie de diversification. Il la décrit comme une politique de « hedging », destinée à réduire la dépendance du Sénégal à un seul partenaire.

La séquence diplomatique menée par Bassirou Diomaye Faye à New York illustre, selon Amadou Moctar Ann, une volonté de diversifier les partenariats du Sénégal. Le spécialiste des relations internationales analyse cette démarche comme une stratégie de « hedging ».

Cette notion désigne une politique qui consiste, pour un État, à maintenir plusieurs partenariats afin de limiter son exposition aux incertitudes géopolitiques et économiques. Dans le cas du Sénégal, cette approche s’articulerait autour de plusieurs pôles.

Le premier concerne les relations financières avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Le deuxième porte sur la recherche de nouveaux partenaires, notamment la Türkiye et les Émirats arabes unis. Le troisième repose sur le multilatéralisme et le rôle du Sénégal au sein des Nations unies.

Entre partenaires traditionnels et nouvelles puissances

Pour Amadou Moctar Ann, Dakar cherche ainsi à maintenir ses relations avec ses partenaires traditionnels tout en développant de nouvelles ouvertures.

La rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron à New York s’inscrit dans cette dynamique. La présidence sénégalaise a présenté les échanges comme portant notamment sur les relations entre Dakar et Paris, la situation internationale et la succession à la tête des Nations unies.

Macky Sall était également présent lors d’une partie de cette séquence. Sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU constitue l’un des dossiers diplomatiques suivis par Dakar. Bassirou Diomaye Faye a d’ailleurs renouvelé publiquement son soutien à cette candidature à New York.

Une lecture qui alimente le débat politique

Cette orientation diplomatique fait toutefois l’objet de critiques au Sénégal. Le député Guy Marius Sagna a notamment contesté le rapprochement entre Bassirou Diomaye Faye, Emmanuel Macron et Macky Sall.

Dans plusieurs publications, il affirme que les discussions autour du FMI, le soutien de Dakar à la candidature de Macky Sall et les relations avec la France seraient liés. Il évoque également une éventuelle absence de poursuites judiciaires contre l’ancien président.

Ces affirmations relèvent de l’analyse et des accusations politiques du député. Les sources publiques consultées ne fournissent pas de document établissant l’existence d’un accord liant ces différents dossiers.

La rencontre de New York a néanmoins ravivé le débat sur l’orientation diplomatique du Sénégal et sur la portée de la politique de diversification revendiquée par les autorités.

Le FMI au cœur des enjeux économiques

La relation avec le FMI constitue également un élément important de cette stratégie. Après une période de suspension, le Sénégal et le Fonds ont conclu début septembre un accord technique destiné à encadrer la reprise de leur coopération. Cet accord devait encore être soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI.

Cette évolution intervient dans un contexte où Dakar cherche à répondre aux contraintes liées à la dette et au financement de l’économie. Elle nourrit également les débats sur les orientations économiques du pouvoir.

Pour Amadou Moctar Ann, le Sénégal doit composer avec plusieurs partenaires en raison de ses capacités économiques et militaires. Selon son analyse, Dakar ne peut donc pas choisir durablement un seul camp et doit maintenir des relations avec la France, les puissances émergentes et les institutions financières internationales.

La renégociation des contrats d’hydrocarbures comme test

La politique de diversification se confronte également aux engagements contractuels pris par l’État dans le secteur des hydrocarbures.

Amadou Moctar Ann estime que la renégociation annoncée de certains contrats devra tenir compte des clauses de stabilisation. Ces dispositions peuvent maintenir certaines règles fiscales et réglementaires applicables au moment de la signature des contrats.

Une modification unilatérale de ces engagements pourrait exposer l’État à des procédures d’arbitrage international, selon cette analyse. Le spécialiste cite notamment le précédent malien dans un contentieux opposant Bamako à l’entreprise minière Randgold.

Cette question illustre, selon lui, la difficulté pour le Sénégal de concilier la recherche d’une plus grande marge de manœuvre économique avec le respect de ses engagements contractuels.

Une stratégie jugée à l’aune des résultats

Au-delà de la multiplication des rencontres diplomatiques, Amadou Moctar Ann invite à mesurer cette politique à partir de ses résultats.

Le « hedging » ne consiste donc pas uniquement à multiplier les partenaires. Il suppose aussi de maintenir des relations suffisamment équilibrées pour préserver les intérêts économiques, financiers et diplomatiques du Sénégal.

Dans un environnement international marqué par les rivalités entre puissances et les incertitudes économiques, cette approche place Dakar devant un exercice d’équilibre entre ses partenaires historiques, les nouvelles puissances économiques et les institutions multilatérales.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *