Le Sénégal appelle à une meilleure application de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. À l’ouverture de la 89e session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), le 12 octobre à Dakar, le ministre de la Justice, Moussa Sarr, a présenté cinq priorités. Elles concernent l’indépendance de la justice, les libertés publiques, la justice sociale et les nouveaux défis liés aux droits humains.

Le Sénégal veut renforcer la protection des droits de l’homme en Afrique. À Dakar, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Maître Moussa Sarr, a appelé les États à traduire leurs engagements juridiques en actions concrètes.

Il s’exprimait à l’ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), organisée à l’hôtel King Fahd Palace. Le ministre a pris la parole au nom du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye.

Son message est clair : la protection des droits humains ne dépend pas uniquement des textes adoptés. Elle repose surtout sur leur application effective et sur les changements qu’ils produisent dans la vie des populations.

Charte africaine des droits de l’homme : le rôle historique du Sénégal

La rencontre de Dakar intervient dans un contexte symbolique. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples a été adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi. Elle est entrée en vigueur le 21 octobre 1986.

Le Sénégal a contribué à l’élaboration de ce texte fondateur. Du 28 novembre au 8 décembre 1979, Dakar avait accueilli des experts africains chargés de préparer son avant-projet. Les travaux étaient présidés par le juge Kéba Mbaye, alors Premier président de la Cour suprême du Sénégal.

Maître Moussa Sarr a rendu hommage à ce magistrat. Dès 1972, Kéba Mbaye défendait le développement comme un droit de l’homme.

Le ministre a également salué les contributions de Youssoupha Ndiaye et d’El Hadji Guissé à la construction du système africain de protection des droits humains.

Cet héritage renforce, selon lui, la responsabilité du continent. Les États doivent désormais garantir l’effectivité des droits reconnus par la Charte africaine.

Droits humains en Afrique : pourquoi l’application des textes est essentielle

Pour le ministre de la Justice, le principal défi consiste à transformer les engagements juridiques en protections concrètes.

Il a évoqué plusieurs facteurs qui fragilisent les droits humains : les tensions autour du multilatéralisme, les crises sécuritaires au Sahel, les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine, ainsi que les conséquences du changement climatique.

Ces crises affectent les économies et compliquent l’accès des populations à leurs droits fondamentaux. Le Sénégal estime ainsi que l’Afrique doit rester attachée aux principes de la Charte pour atteindre les objectifs de son Agenda 2063.

Maître Moussa Sarr a également rappelé que les droits humains s’inscrivent dans les valeurs africaines de solidarité, de respect de la vie et de dignité.

Il a cité la Charte du Mandé, associée à la protection de la personne et à la défense des opprimés. Il a aussi évoqué les principes de gouvernance promus au XVIIIe siècle dans le Fouta Toro par Thierno Souleymane Baal, notamment la justice et la responsabilité des dirigeants.

Le ministre a enfin souligné les conséquences d’une application insuffisante des normes. Une recommandation ignorée ou une décision de justice inexécutée affaiblit la protection des citoyens et leur confiance dans les institutions.

Les cinq priorités du Sénégal pour protéger les droits de l’homme

Lors de la session de la CADHP, Maître Moussa Sarr a soumis cinq priorités à la réflexion des participants. Elles visent à améliorer l’application des droits humains et à répondre aux défis actuels.

1. Appliquer les décisions de la Commission africaine des droits de l’homme

La première priorité concerne l’exécution des décisions et recommandations de la CADHP.

Le ministre appelle à renforcer le dialogue entre les États et les mécanismes africains de protection des droits humains. Il souhaite également que les juridictions nationales prennent davantage en compte la jurisprudence africaine.

Dans cette perspective, le Sénégal a organisé à Dakar, les 9 et 10 juillet derniers, un atelier régional consacré à cette question.

2. Protéger les libertés publiques et l’espace civique

La deuxième priorité porte sur la protection de l’espace civique. Le Sénégal défend un environnement dans lequel les citoyens peuvent s’exprimer librement et exercer leurs droits d’association.

Maître Moussa Sarr a aussi insisté sur le rôle des institutions nationales des droits de l’homme et des organisations de la société civile.

Leur indépendance reste, selon lui, essentielle pour garantir leur crédibilité et leur capacité à défendre les libertés publiques.

3. Renforcer la justice sociale et les droits économiques

La troisième priorité concerne la justice sociale et l’accès aux droits économiques.

Pour le ministre, les droits civils et politiques ne peuvent être pleinement exercés lorsque l’accès à l’éducation, aux soins de santé et à un emploi digne demeure limité.

Il a particulièrement insisté sur la participation des jeunes aux décisions publiques.

Le garde des Sceaux a également évoqué les Jeux olympiques de la jeunesse prévus à Dakar à partir du 31 octobre. Il a présenté cet événement comme une occasion de promouvoir le droit des jeunes aux loisirs et au sport, reconnu par la Charte africaine de la jeunesse.

4. Garantir l’indépendance de la justice et lutter contre l’impunité

La quatrième priorité concerne l’indépendance de la justice. Celle-ci constitue, selon Maître Moussa Sarr, une condition essentielle de la protection des droits et des libertés.

Le ministre a rappelé que le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye avait convoqué les Assises de la justice dès son accession au pouvoir. Cette initiative visait notamment à renforcer la confiance entre les citoyens et l’institution judiciaire.

La lutte contre l’impunité figure également parmi les enjeux majeurs évoqués par le garde des Sceaux.

5. Faire face aux nouveaux défis des droits humains

La cinquième priorité porte sur les défis liés à l’intelligence artificielle, aux réseaux sociaux, au changement climatique et à l’apatridie.

Maître Moussa Sarr estime que l’Afrique doit participer aux discussions sur la régulation des nouvelles technologies, en tenant compte de ses réalités et de ses valeurs.

Le changement climatique constitue aussi une préoccupation importante. Il fragilise les conditions de vie, provoque des déplacements de populations et accentue les tensions autour des ressources, notamment au Sahel.

L’apatridie expose également les personnes concernées à des difficultés d’accès à des droits essentiels, comme l’éducation, les soins de santé et la justice.

Le Sénégal mise sur l’éducation aux droits humains

La protection des droits fondamentaux passe aussi par une meilleure connaissance de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Maître Moussa Sarr a plaidé pour l’enseignement de ses principes dès l’école. Il souhaite également leur diffusion dans les langues nationales et une meilleure sensibilisation des forces de défense et de sécurité.

L’objectif est de permettre aux citoyens de connaître leurs droits et de mieux les défendre.

En clôturant son allocution, le ministre a réaffirmé l’attachement du Sénégal à l’universalité et à l’indivisibilité des droits de l’homme. Il a également renouvelé le soutien de son pays à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples.

Alors que l’Union africaine consacrera l’année 2028 aux droits de l’homme, le Sénégal appelle à consolider les avancées enregistrées sur le continent.

L’enjeu est désormais de faire de la Charte africaine un instrument de protection effective des droits et des libertés pour toutes les populations.

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