Le Groupement des Armateurs et Industriels de la Pêche au Sénégal (GAIPES) s’insurge contre l’arrêté autorisant le dégel partiel des licences de pêche démersale côtière. Dans un communiqué au ton ferme, l’organisation dénonce une décision qu’elle juge dangereuse pour les ressources halieutiques, l’économie du secteur et la crédibilité internationale du Sénégal.
Le GAIPES rejette le dégel des licences
Dans un communiqué daté du 29 mai 2026, le GAIPES a exprimé sa vive opposition à l’arrêté n° 30.04.2026-009965 signé par la ministre sortante des Pêches et de l’Économie maritime, Dre Fatou Diouf.
Selon l’organisation patronale, cette mesure met fin à un moratoire appliqué depuis vingt ans sur la pêche démersale côtière. Le groupement qualifie cette décision de « forfaiture maquillée en cause nationale » et demande son annulation immédiate.
Le GAIPES a ainsi lancé un appel direct au président de la République afin qu’il retire l’arrêté.
Des accusations contre l’opérateur bénéficiaire
Par ailleurs, le groupement conteste les arguments avancés pour justifier cette mesure. Les autorités avaient notamment évoqué la nécessité de renforcer l’approvisionnement du marché national en poisson.
Le GAIPES rejette cette explication. Selon lui, la décision favoriserait l’entrée dans les eaux sénégalaises de navires appartenant à un armement déjà épinglé entre 2018 et 2024 pour des pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée (PINN).
L’organisation affirme que cet opérateur a accumulé plusieurs infractions graves au Code de la pêche. Elle cite notamment l’extinction de balises de géolocalisation et des activités menées dans des zones interdites. Pour cette raison, elle le présente comme un « fraudeur multirécidiviste ».
Les données scientifiques au cœur du débat
Le GAIPES conteste également les déclarations de la ministre sortante selon lesquelles les armateurs n’auraient proposé aucune alternative viable.
Pour étayer sa position, le groupement s’appuie sur les travaux du Centre de Recherches Océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT). Il rappelle que les stocks démersaux figurent parmi les ressources pleinement exploitées.
Selon les conclusions scientifiques citées par l’organisation, des mesures de gestion restent nécessaires afin de réduire le déficit observé et de ramener les captures à un niveau durable.
Le groupement estime ainsi que l’autorité de tutelle a procédé à une interprétation partielle des données disponibles.
Une mesure jugée inefficace pour le marché local
En outre, le GAIPES souligne plusieurs insuffisances dans l’élaboration de l’arrêté. Il évoque notamment l’absence d’approche écosystémique, le non-respect du principe de précaution et une évaluation insuffisante des impacts socio-économiques.
L’organisation avance également des chiffres qu’elle juge révélateurs. Selon elle, les captures supplémentaires attendues grâce à cette mesure représenteraient entre 2 000 et 3 000 tonnes seulement.
Ce volume reste très éloigné des besoins du marché national, estimés à au moins 220 000 tonnes selon des données scientifiques datant d’avril 2026.
Pour le GAIPES, l’argument de la sécurité alimentaire ne justifie donc pas la réouverture des licences.
Une inquiétude pour les exportations sénégalaises
Le groupement attire enfin l’attention sur les conséquences internationales de cette décision.
Il rappelle que le Sénégal fait l’objet depuis 2024 d’un « carton jaune » de l’Union européenne en raison de faiblesses relevées dans la lutte contre la pêche illicite.
Dans ce contexte, l’octroi de nouvelles licences à un opérateur controversé risquerait, selon le GAIPES, d’aggraver la situation. L’organisation craint notamment une détérioration de l’image du pays et une menace sur l’accès des produits halieutiques sénégalais aux marchés internationaux.
Face à ce qu’il considère comme une décision prise sans concertation suffisante, le Bureau du GAIPES appelle le président de la République et le chef du gouvernement à procéder au retrait pur et simple de l’arrêté contesté.

