Trois ans après le début de la guerre déclenchée par l’attaque du 7 octobre 2023, les familles de Gaza continuent de vivre avec les conséquences des bombardements, des déplacements répétés et de la crise humanitaire. Le témoignage de Manar, mère de trois enfants, illustre le traumatisme durable de milliers de civils.

Le 7 octobre 2023, Israël a déclaré l’état de guerre après l’attaque menée par le Hamas sur son territoire. L’armée israélienne a ensuite lancé une vaste campagne militaire dans la bande de Gaza, affirmant viser le Hamas.

Dans ce territoire densément peuplé, les opérations militaires ont entraîné des déplacements massifs de population et d’importantes destructions d’infrastructures civiles. Les organisations humanitaires ont également alerté sur les difficultés d’accès à la nourriture, aux soins et aux logements.

La situation a conduit plusieurs organisations et experts à évoquer des crimes internationaux, tandis que la qualification de génocide fait l’objet d’une procédure devant la Cour internationale de justice. En 2024, la CIJ a estimé qu’il existait un risque plausible de génocide à Gaza et a ordonné à Israël de prendre plusieurs mesures conservatoires.

Douze déplacements en trois ans

À Gaza-ville, Moufid, 12 ans, rêve toujours de devenir ingénieur. Avec ses deux petits frères et leur mère Manar, il a survécu à plusieurs années de guerre et à une douzaine de déplacements forcés.

La famille a également connu la faim et les bombardements. L’un des enfants a failli perdre la vie lors d’une frappe. Pour Manar, cette période a laissé des traces profondes.

« Quand j’y repense, je pleure, même s’il a survécu, Dieu merci », témoigne-t-elle.

La mère de famille se souvient notamment des longues heures passées dans un hôpital, alors que les moyens médicaux manquaient pour prendre correctement en charge les victimes.

Quinze heures de marche vers Gaza-ville

Lorsque le cessez-le-feu annoncé en octobre 2025 a permis à de nombreuses familles de regagner le nord de la bande de Gaza, Manar a pris la route avec ses enfants.

Le trajet a duré environ quinze heures. Selon son témoignage, la famille a croisé sur son chemin des corps et des restes humains.

De retour dans leur quartier, les habitants ont découvert un paysage profondément marqué par les destructions. La maison de Manar avait été détruite. La famille a alors dû vivre sous une tente.

« Nous avons failli nous noyer, les rats rôdaient près de mes garçons endormis. C’étaient des nuits sans sommeil pour moi », raconte-t-elle.

Le logement devenu un nouveau combat

Après avoir vécu avec sa belle-famille, Manar a finalement trouvé une petite chambre en sous-sol, sans fenêtre, qu’elle loue 1 400 shekels par mois, soit environ 409 euros.

Mais ses difficultés financières l’empêchent de régler régulièrement le loyer. Son mari, qui travaillait auparavant en Israël, se trouve désormais en Cisjordanie occupée après la révocation de son permis de travail.

Son revenu ne suffit pas à couvrir les besoins de la famille.

Depuis le cessez-le-feu, les marchandises peuvent de nouveau entrer dans Gaza, mais leur disponibilité reste insuffisante et les prix demeurent élevés, selon le témoignage de Manar.

Le propriétaire de la chambre lui aurait même demandé de régler ses dettes sous peine de mettre ses affaires à la rue.

L’hiver et l’avenir des enfants

À 33 ans, Manar redoute désormais de devoir quitter son logement et retourner vivre sous une tente, alors que l’hiver approche.

Pour réduire ses dépenses, elle a également retiré son plus jeune fils de l’école maternelle. Même l’accès à l’éducation représente une charge financière pour cette famille déjà lourdement endettée.

Trois ans après le début de la guerre, le quotidien de Manar et de ses enfants reste ainsi marqué par les conséquences des déplacements, des destructions et de la précarité. Derrière les chiffres du conflit, leurs récits témoignent d’un traumatisme qui continue de peser sur toute une génération.

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