Malgré l’appel du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô à un moratoire de trois mois sur les grèves, le Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT) maintient sa mobilisation. Une marche nationale est prévue le 20 octobre, suivie d’une grève générale de 72 heures, sur fond de revendications non satisfaites et d’inquiétudes du patronat.
Le dialogue social se tend au Sénégal. À l’issue d’une rencontre avec le gouvernement, jeudi 15 octobre, le FSDT a décidé de maintenir son plan d’action. Le Front réclame des avancées concrètes dans l’application des accords signés avec l’État.
Cette décision intervient alors que le Premier ministre a sollicité un moratoire de trois mois pour permettre aux autorités de répondre aux préoccupations des partenaires sociaux. Signé le 1er mai 2025, le Pacte national de stabilité sociale devait pourtant favoriser la concertation entre l’État, les syndicats et les organisations patronales.
Lors de la réunion du comité de pilotage, Ahmadou Al Aminou Lô a assuré que les engagements gouvernementaux seraient respectés, en fonction du rétablissement des moyens de l’État. Il a également annoncé la création, à partir de décembre, de comités de dialogue social dans tous les ministères.
Ces annonces n’ont toutefois pas convaincu les organisations syndicales, qui réclament désormais des garanties écrites.
Le FSDT maintient la marche du 20 octobre
Réunis en assemblée générale vendredi 16 octobre à la Bourse du travail de la CNTS, à Keur Madia, les responsables du FSDT ont confirmé leur détermination à poursuivre la mobilisation.
Mody Guiro, secrétaire général de la CNTS et coordonnateur du Front, a insisté sur la nécessité d’obtenir des engagements formalisés. Selon lui, les discussions ont permis d’exposer les revendications, sans entraîner de changement significatif dans la position des travailleurs.
Le FSDT maintient ainsi sa marche nationale du mardi 20 octobre, avec un rassemblement prévu à 15 heures à la FASTEF et une arrivée au rond-point Jet d’Eau. Le Front prévoit ensuite une grève générale de 72 heures, les 21, 22 et 23 octobre.
Parmi ses principales revendications figurent la réintégration des travailleurs licenciés, l’application des accords conclus dans plusieurs secteurs et le respect des engagements du Pacte national de stabilité sociale.
Le Front demande également la généralisation de l’indemnité de logement de 100 000 francs CFA aux contractuels concernés, le recrutement de 3 700 agents de santé annoncé pour 2027 et la revalorisation des pensions de retraite. Il réclame par ailleurs des mesures sur les contrats à durée déterminée et la restauration du consensus autour des réformes des codes du travail et de la sécurité sociale.
À ces revendications s’ajoutent la baisse des prix des produits de première nécessité, des loyers et des transports, autant de sujets qui touchent directement le pouvoir d’achat des ménages.
L’éducation au cœur de la contestation
Le secteur de l’éducation constitue l’un des principaux foyers de tension. Le G7, qui regroupe sept syndicats de l’enseignement, a annoncé une grève totale les 21, 22 et 23 octobre.
Les syndicats dénoncent notamment les retards dans l’application du protocole d’accord signé avec le gouvernement le 16 avril 2026. Ils évoquent des indemnités impayées, des retards de salaire pour certains enseignants contractuels, ainsi que des difficultés liées à la formation à la FASTEF.
Ils estiment que le faible niveau d’exécution des accords risque de fragiliser l’année scolaire 2026-2027, dont les cours ont repris le 12 octobre.
La contestation dépasse toutefois le seul secteur de l’éducation. Les personnels de santé, les agents des collectivités territoriales, les retraités et les travailleurs confrontés aux licenciements expriment également leurs préoccupations.
Le patronat réclame une meilleure application du Pacte social
Les tensions concernent aussi les employeurs. Dans un communiqué publié vendredi 16 octobre, la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), présidée par Abdel Kader Ndiaye, a salué la disponibilité du Premier ministre et son engagement en faveur du dialogue.
Cependant, l’organisation juge les résultats du Pacte national de stabilité sociale insuffisants au regard des attentes du secteur privé. Elle dénonce notamment des modifications unilatérales de certains arbitrages gouvernementaux concernant les réformes des codes du travail et de la sécurité sociale.
La CNES réclame une évaluation transparente et contradictoire du Pacte, associant l’État, les syndicats et les employeurs. Elle demande également l’apurement accéléré des créances dues aux entreprises, particulièrement dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics, de l’énergie et des services.
Le patronat souhaite aussi un soutien aux entreprises fragilisées par les retards de paiement de l’État et un renforcement de la lutte contre la concurrence déloyale.
Malgré ses réserves, la CNES appelle à préserver la paix sociale et à poursuivre les discussions.
Un moratoire fragilisé par les retards d’exécution
Selon le bilan du dispositif de suivi, 71 % des engagements du Pacte auraient été réalisés. Toutefois, les retards persistants continuent d’alimenter la défiance entre les partenaires sociaux.
Le 1er octobre, le directeur général de la Fonction publique, Ibrahima Dieng, avait lui-même reconnu que les engagements n’étaient pas totalement respectés. Il avait notamment évoqué le retard dans le partage de la réforme du système de rémunération des agents de l’État et les indemnités dues aux correcteurs des examens.
Dans ce contexte, le gouvernement doit répondre à une double exigence : préserver le dialogue social et apporter des solutions concrètes aux revendications des travailleurs comme aux difficultés des entreprises.
Le moratoire de trois mois proposé par le Premier ministre risque de rester sans effet si les partenaires sociaux ne disposent pas d’un calendrier précis, d’engagements écrits et d’un mécanisme de suivi transparent.
À l’approche de la marche du 20 octobre et de la grève annoncée pour les trois jours suivants, la capacité du gouvernement à transformer ses promesses en résultats vérifiables sera déterminante pour éviter une aggravation du conflit social.
