Human Rights Watch (HRW) a dénoncé, le 14 octobre 2026, une vague d’exécutions dans l’est de la Libye. Au moins 31 personnes auraient été mises à mort depuis la fin du mois d’août par les Forces armées arabes libyennes, dirigées par le général Khalifa Haftar. Selon l’ONG, au moins 50 autres détenus risquent une exécution imminente.
Une vague d’exécutions après quinze ans sans mise à mort signalée
La Libye est confrontée à une reprise des exécutions après plus de quinze ans sans mise à mort connue, selon Human Rights Watch. Dans un communiqué publié le 14 octobre, l’organisation affirme que les autorités militaires de l’Est ont exécuté au moins 31 personnes à l’issue de procès militaires qu’elle juge profondément inéquitables.
Le 23 août 2026, le procureur militaire des Forces armées arabes libyennes avait annoncé l’exécution par fusillade de dix personnes condamnées pour meurtre et des infractions liées au terrorisme. Les organisations de défense des droits humains ont ensuite recensé au moins 21 autres exécutions, portant le bilan à 31 personnes au 10 septembre.
HRW alerte également sur le sort d’au moins 50 détenus de la prison militaire de Gernada, dans l’est du pays, qui seraient exposés à un risque imminent d’exécution.
Des procès secrets et des aveux obtenus sous la torture, selon les ONG
Les organisations de défense des droits humains dénoncent de graves violations des droits de la défense. Selon leurs enquêtes, plusieurs condamnations à mort ont été prononcées à l’issue de procès militaires tenus à huis clos, sans garanties suffisantes d’un procès équitable.
Des détenus auraient été contraints de faire des aveux sous la torture ou d’autres mauvais traitements. Certains n’auraient pas pu choisir librement leur avocat ni communiquer avec leur famille et leurs conseils dans des conditions normales.
Human Rights Watch rappelle également que la Cour suprême libyenne a contesté la compétence des juridictions militaires pour juger des civils dans certaines affaires. L’organisation appelle les autorités de l’Est à suspendre immédiatement les exécutions et à instaurer un moratoire sur la peine de mort.
Des familles privées d’informations et de funérailles
Les conditions entourant les exécutions suscitent également l’indignation des ONG. Selon les informations rapportées par Amnesty International, plusieurs familles n’auraient pas été prévenues à l’avance de la mise à mort de leurs proches.
Elles n’auraient donc pas pu leur rendre visite avant leur exécution. Dans certains cas, les corps n’auraient pas été restitués aux familles, qui n’auraient pas pu organiser les funérailles selon leurs souhaits.
Ces pratiques, si elles sont confirmées, soulèvent de graves questions concernant le respect de la dignité humaine et des droits fondamentaux des détenus et de leurs proches.
Des condamnations liées aux conflits de 2014 à 2018
Selon HRW, plusieurs personnes exécutées avaient été arrêtées à Derna et à Benghazi pendant ou après les affrontements qui ont opposé, entre 2014 et 2018, les forces de Khalifa Haftar à des groupes armés rivaux.
Entre 2018 et 2021, les tribunaux militaires de l’est de la Libye ont condamné des centaines de civils à des peines de prison ou à la peine capitale lors de procédures dénoncées pour leur manque de transparence. Au moins 22 personnes auraient alors été condamnées à mort, selon les données citées par l’organisation.
Les ONG estiment que ces affaires ont parfois visé des personnes considérées comme critiques envers les forces de Haftar. Les accusations et les circonstances propres à chaque dossier doivent toutefois être distinguées des conclusions générales des organisations de défense des droits humains.
Une Libye toujours divisée depuis la chute de Kadhafi
Depuis la chute et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye peine à retrouver une stabilité politique durable. Le pays reste divisé entre des autorités rivales : le gouvernement dirigé par Abdelhamid Dbeibah, basé à Tripoli et reconnu par les Nations unies, et une administration de l’Est soutenue par Khalifa Haftar et ses forces.
Cette fragmentation du pouvoir complique le fonctionnement de la justice et le contrôle des structures militaires et sécuritaires.
Face à cette nouvelle vague d’exécutions, Human Rights Watch et d’autres organisations appellent les autorités de l’Est, ainsi que les gouvernements capables d’exercer une influence sur elles, à intervenir pour empêcher de nouvelles mises à mort.
