L’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP) a sanctionné les entreprises Egeeb SARL et Esidco pour la transmission de documents falsifiés relatifs à des essais de résistance du béton sur des chantiers de postes de santé. Le groupement Deco-IC/Afric Consult, chargé du suivi des travaux, a également été sanctionné pour manquement à ses obligations de contrôle.

L’affaire concerne deux marchés de construction d’infrastructures sanitaires exécutés dans les régions de Fatick et de Kaolack, dans le cadre du Programme d’urgence de développement communautaire (PUDC).

Dans une dénonciation adressée à l’ARCOP le 14 novembre 2025, le coordonnateur national du PUDC avait mis en cause Egeeb SARL et Esidco pour production de faux documents. Il reprochait également au groupement Deco-IC/Afric Consult une négligence dans le suivi des travaux.

Des rapports d’essais falsifiés

Les soupçons sont apparus après des interrogations sur la qualité du béton utilisé sur les chantiers. Le PUDC avait alors demandé aux entreprises de fournir les rapports de formulation et les procès-verbaux des essais de résistance à la compression du béton.

En réponse, Egeeb et Esidco ont transmis des documents portant les en-têtes et les cachets des laboratoires Laboratoire Services Sénégal (LSS) et Naag Labo. Toutefois, les vérifications menées auprès de ces établissements ont révélé que les pièces ne provenaient pas d’eux.

Dans le cas d’Egeeb SARL, LSS a formellement démenti avoir réalisé les essais ou émis des factures pour le compte de l’entreprise dans le cadre du projet concerné.

De son côté, Naag Labo a indiqué que le rapport de formulation transmis par Esidco provenait initialement d’un projet exécuté à Podor. Selon le laboratoire, ce document aurait été détourné puis falsifié. LSS a également rejeté les procès-verbaux d’essais attribués à son établissement.

Des intermédiaires informels au cœur du dossier

L’enquête administrative ouverte par l’ARCOP, à la suite d’une décision du Comité de règlement des différends (CRD) du 7 janvier 2026, a mis en évidence le recours à des intermédiaires informels.

Lors de son audition, le directeur technique d’Egeeb SARL a reconnu avoir traité avec un intermédiaire sans contrat écrit avec le laboratoire concerné. Il a également admis avoir effectué des paiements par Wave sur un compte personnel, sans bon de commande ni facture officielle.

Le gérant d’Esidco a, lui aussi, reconnu avoir eu recours à un intermédiaire rémunéré par Wave, sans contrat ni facture. Il a par ailleurs indiqué que son entreprise ne pouvait pas prouver que des prélèvements d’éprouvettes avaient effectivement été réalisés sur le chantier.

Pour l’ARCOP, la transmission de documents falsifiés constitue une manœuvre frauduleuse et une violation des obligations contractuelles prévues par le Code des marchés publics.

Esidco déjà sanctionnée pour falsification

L’ARCOP a également relevé un précédent concernant Esidco. L’entreprise avait déjà fait l’objet d’une sanction du CRD, prononcée le 31 janvier 2024, pour falsification d’attestations de bonne exécution.

L’autorité de régulation souligne la gravité particulière des faits dans le secteur des infrastructures sanitaires. La fiabilité des essais de résistance du béton constitue en effet un élément essentiel pour vérifier la conformité des ouvrages et prévenir les risques liés à leur solidité.

Le groupement de contrôle également sanctionné

L’enquête a aussi mis en cause le groupement Deco-IC/Afric Consult, chargé de la maîtrise d’œuvre et du suivi technique des travaux.

Selon les obligations prévues dans son contrat, le groupement devait notamment contrôler la qualité des matériaux, vérifier leur mise en œuvre et s’assurer de la réalisation des essais techniques requis. Il devait également répertorier et archiver les résultats dans des rapports périodiques.

Or, d’après les conclusions de l’instruction, les entreprises n’ont pas apporté la preuve de la réalisation effective des prélèvements. Le groupement n’avait pas assisté à ces opérations et n’avait pas vérifié l’authenticité des procès-verbaux transmis.

L’ARCOP lui reproche ainsi un manquement à son obligation de vigilance et de contrôle de la qualité des ouvrages.

Plus de 28 millions de FCFA de sanctions pécuniaires

Dans sa décision du 23 septembre 2026, l’ARCOP a prononcé des sanctions pécuniaires contre les trois entités mises en cause.

Egeeb SARL devra payer 9,4 millions de francs CFA, tandis qu’Esidco devra s’acquitter de 16,3 millions de francs CFA. Le groupement Deco-IC/Afric Consult a, pour sa part, été condamné à une sanction de 3,047 millions de francs CFA.

Les trois sanctions représentent un montant total de 28,747 millions de francs CFA. Selon la décision rapportée, les entreprises Egeeb et Esidco disposent d’un délai de six mois pour régler les sommes qui leur sont réclamées ; le même délai est mentionné pour la sanction infligée au groupement.

Cette affaire met en lumière les enjeux du contrôle technique dans les marchés publics, particulièrement lorsque les travaux concernent des infrastructures destinées à accueillir du public

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