La situation revient progressivement à la normale à Niamey après la mutinerie qui a secoué la capitale nigérienne samedi. Des militaires rebelles ont tenté de prendre le contrôle du palais présidentiel et de la télévision nationale avant de se retrancher dans une base militaire située près de l’aéroport. Les forces loyalistes ont finalement repris le contrôle de la situation et procédé à plusieurs dizaines d’arrestations. Pour l’heure, les autorités n’ont communiqué aucun bilan officiel des affrontements.
Niamey sous haute surveillance
Après une nuit marquée par des tirs et des affrontements, la tension a nettement baissé dans la capitale. Toutefois, les autorités maintiennent un important dispositif de sécurité.
Des pick-up équipés de mitrailleuses et des barrières de barbelés bloquent plusieurs axes stratégiques. Les forces de sécurité ont notamment renforcé le périmètre autour de la présidence et filtrent les accès au palais.
Le carrefour de l’hôpital national, qui constitue l’un des principaux points d’entrée vers la présidence, reste ainsi sous étroite surveillance. Plus largement, les forces de sécurité contrôlent les différents accès à Niamey afin d’empêcher toute nouvelle tentative de déstabilisation.
Les forces loyalistes reprennent le contrôle
Après plusieurs heures de tractations, une partie des mutins a finalement accepté de se rendre samedi. Les autres ont résisté avant de subir, en début de soirée, l’assaut de la garde présidentielle dirigée par le général Abdourahamane Tiani.
Pour mener cette opération, les forces loyalistes ont mobilisé plusieurs véhicules blindés. Elles ont également bénéficié de l’appui des forces russes, qui ont notamment utilisé des drones.
Le rôle des soldats russes d’Africa Corps aurait ainsi pesé dans le rapport de force et contribué à inverser le cours des événements.
Des dizaines d’arrestations, aucun bilan officiel
Les autorités ont arrêté plusieurs dizaines de militaires impliqués dans la mutinerie. Des images diffusées samedi soir par la télévision nationale montrent près d’une centaine de soldats capturés, certains présentant des blessures.
Les militaires apparaissent alignés, à genoux, tandis que les autorités n’ont pas encore précisé leur identité ni leurs grades. Des femmes figurent également parmi les personnes arrêtées.
Par ailleurs, les forces de l’ordre ont poursuivi leurs opérations durant la nuit. Elles ont effectué des patrouilles dans plusieurs secteurs de la capitale et procédé à de nouvelles interpellations. Selon le correspondant régional Serge Daniel, au moins dix personnes ont ainsi été arrêtées pendant la nuit.
Cependant, la junte n’a toujours pas communiqué officiellement depuis la fin des affrontements. Les autorités n’ont donc fourni aucun bilan concernant d’éventuels morts ou blessés.
Une mutinerie portée par de jeunes officiers
Au lendemain des événements, les circonstances de la mutinerie soulèvent encore plusieurs interrogations. Dans un bref communiqué lu samedi à la télévision nationale, le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, avait qualifié les événements de « mouvement d’humeur d’un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire ».
Selon les informations disponibles, de jeunes officiers issus de plusieurs unités de l’armée nigérienne ont tenté de renverser le chef de la junte. Une partie d’entre eux a rejoint Niamey depuis les régions de Tillabéri et de Dosso.
Ces militaires appartiennent notamment aux Forces spéciales, considérées comme l’élite de l’armée nigérienne. Ces unités se trouvent en première ligne dans la lutte contre les groupes jihadistes, notamment l’État islamique et le JNIM.
Des frustrations liées aux pertes militaires
Les Forces spéciales participent notamment aux opérations antiterroristes « Niya » et « Almahaou », en particulier dans la région dite des trois frontières, à proximité du Mali et du Burkina Faso.
Selon plusieurs analystes, ces unités expriment depuis plusieurs mois leur frustration face aux lourdes pertes enregistrées par l’armée nigérienne dans sa lutte contre les groupes jihadistes.
Bakary Sambe, directeur du Timbuktu Institute, estime notamment que le mécontentement accumulé au sein de certaines unités pourrait contribuer à expliquer le passage à l’acte de ces jeunes officiers.
Toutefois, les autorités nigériennes n’ont pas encore livré une explication détaillée des motivations des mutins ni précisé leurs revendications.
L’AES dénonce une « entreprise de déstabilisation »
Dans la soirée de samedi, la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, a également réagi aux événements.
