Un climat de peur persistant
À quelques jours du scrutin du 15 janvier, les reporters ougandais travaillent dans la crainte.
Cette peur s’accentue surtout pendant la couverture de la campagne électorale.
L’agression d’Ivan Mbadi comme révélateur
Lundi 5 janvier, des agents agressent le journaliste Ivan Mbadi en reportage.
Il couvrait alors la campagne de l’opposant Bobi Wine.
Sur une vidéo virale, des policiers le plaquent violemment contre un véhicule.
Ensuite, il chancelle avant de s’asseoir, visiblement sous le choc.
Puis, une autre séquence le montre hospitalisé, un bandage autour du cou.
Selon ses proches, l’attaque suit un reportage sur l’usage de gaz lacrymogène.
Une violence loin d’être isolée
Pour Keneth Kitambula, cette agression n’a rien d’exceptionnel.
Il affirme que les journalistes subissent intimidations et violences quotidiennes.
Cependant, Ivan Mbadi a pu documenter l’agression grâce à l’équipe de Bobi Wine.
En revanche, en zones rurales, des journalistes arrêtés restent invisibles médiatiquement.
Parfois, les forces de sécurité les torturent sans aucune réaction publique.
Un mauvais classement international
Selon Reporters sans frontières, l’Ouganda occupe la 143ᵉ place mondiale.
Ce classement reflète une liberté de la presse fortement dégradée.
Des chiffres alarmants
En 2024, le HRNJ recense 110 cas de violences médiatiques.
Ces abus touchent journalistes et professionnels des médias.
Ainsi, la politique influence durablement les conditions de travail journalistiques.
Les reporters oscillent constamment entre sécurité personnelle et devoir d’informer.
Des droits constitutionnels ignorés
La Constitution protège pourtant l’expression et l’accès à l’information.
Mais sur le terrain, les forces de sécurité ignorent largement ces garanties.
Kawempe North, symbole de la répression
Une élection marquante
En mars dernier, Kawempe North a marqué les esprits.
Ce jour-là, des forces battent des journalistes et détruisent leur matériel.
Le témoignage de Canary Mugume
Canary Mugume couvrait l’élection pour NBS Television.
Il remarque d’abord une présence militaire inhabituelle et massive.
Puis, il photographie des soldats embarquant des journalistes de force.
Aussitôt repéré, un militaire l’attaque avec un câble épais.
En quelques secondes, il craint pour sa vie.
Ensuite, il apprend l’hospitalisation de plusieurs confrères blessés.
L’opposition particulièrement ciblée
Des risques accrus
Selon Keneth Kitambula, couvrir l’opposition augmente les dangers.
Les déplacements de Bobi Wine concentrent particulièrement les violences.
Avant lui, Kizza Besigye subissait déjà ce traitement.
Des médias entravés
Certaines rédactions subissent aussi des restrictions directes.
Le président Museveni bannit Nation Media Group de ses rassemblements.
Le Parlement interdit également l’accès à ses journalistes.
Ainsi, l’information devient déséquilibrée et la crédibilité médiatique s’effrite.
Désinformation et autocensure
Même les médias internationaux touchés
Le journaliste CNN Larry Madowo subit aussi des intimidations.
La police l’asperge de gaz lacrymogène durant la campagne.
Après un tweet ironique, une campagne de dénigrement éclate en ligne.
Une vidéo deepfake annonce faussement son bannissement du pays.
Un message dissuasif
Pour Kitambula, l’État envoie un signal clair aux journalistes locaux.
Si CNN est ciblé, personne n’est réellement protégé.
Cette pression nourrit alors une autocensure grandissante.
De nombreux journalistes évitent désormais certains sujets sensibles.
Une justice inefficace
Une décision ignorée
En 2024, la Haute Cour juge ces attaques inconstitutionnelles.
Cependant, l’absence de sanctions entretient l’impunité.
Un avenir inquiétant
Pour Canary Mugume, le scénario reste prévisible.
Il craint une augmentation des attaques durant la semaine électorale.
Malgré tout, il refuse d’abandonner son métier.
Informer demeure, selon lui, essentiel à la démocratie.

