Au Sénégal, moins de 10 % des 558 communes disposent d’un document de planification spatiale, selon l’urbaniste et géomarketeur Daouda Thiandoum. Il estime que cette situation fragilise la gouvernance territoriale et favorise une urbanisation mal maîtrisée. Il appelle à renforcer les outils de planification et à mobiliser des financements adaptés pour un développement durable des territoires.

La planification spatiale constitue un levier essentiel pour organiser les territoires, répartir les infrastructures et anticiper les besoins des populations. Pourtant, son application reste limitée dans les collectivités territoriales sénégalaises.

Pour Daouda Thiandoum, cette insuffisance compromet la cohérence des projets locaux. Elle réduit également la capacité des collectivités à organiser durablement leur développement et à valoriser leurs ressources.

Planification spatiale : un dispositif institutionnel ancien

La planification spatiale vise à organiser les populations, les activités économiques, les équipements et les infrastructures sur un territoire donné. Elle s’appuie notamment sur l’aménagement du territoire et l’urbanisme.

Au Sénégal, l’État a progressivement mis en place des structures dédiées à cette mission. Le Bureau de l’aménagement des terroirs et des villages (BATV), créé en 1961, a évolué vers différents services et directions, avant la création de l’Agence nationale de l’aménagement du territoire (ANAT) en 2009.

Plusieurs outils de planification ont également été élaborés, notamment les schémas régionaux d’aménagement du territoire (SRAT), le Plan général d’aménagement du territoire (PGAT) et le Plan national d’aménagement du territoire (PNAT).

La décentralisation, renforcée en 1996 par les lois n° 96-06 et n° 96-07 du 22 mars, a par ailleurs accru les responsabilités des collectivités locales. Le Code général des collectivités territoriales prévoit des instruments destinés à encadrer la planification spatiale et socio-économique.

Toutefois, Daouda Thiandoum relève un décalage entre les outils développés par l’État et leur disponibilité au niveau local. Selon lui, moins de 10 % des communes disposent d’un document de planification spatiale. Il estime également que moins de 23 % des collectivités territoriales, départements compris, possèdent un document de planification socio-économique.

Une urbanisation difficile à maîtriser

L’absence de documents de planification expose les collectivités à plusieurs difficultés. Selon l’urbaniste, les projets se multiplient parfois sans orientation stratégique cohérente avec les politiques nationales et territoriales.

Cette situation complique les décisions relatives à l’implantation des logements, des équipements publics et des activités économiques.

Daouda Thiandoum met notamment en garde contre la prolifération des quartiers précaires, l’occupation de zones non constructibles et les conflits d’usage de l’espace. Il évoque également la difficulté de faire cohabiter les activités commerciales, résidentielles et de transport dans des espaces insuffisamment aménagés.

À ces problèmes s’ajoutent, selon lui, une connaissance insuffisante des ressources territoriales et une faible valorisation des potentialités locales. Ces lacunes peuvent réduire l’attractivité et la compétitivité des territoires.

Le financement, un défi pour les collectivités territoriales

L’élaboration de documents de planification nécessite des moyens financiers et techniques. Or, Daouda Thiandoum souligne que les collectivités ne disposent pas toujours de ressources proportionnelles aux compétences qui leur sont transférées.

Il estime néanmoins que cette contrainte ne doit pas empêcher les élus locaux d’engager une démarche de planification. Les partenaires techniques et financiers pourraient notamment accompagner les collectivités dans la conception et la mise en œuvre de ces outils.

L’urbaniste invite également les projets et programmes de développement à accorder davantage d’importance à l’existence de documents de planification locale. Cette approche permettrait, selon lui, de mieux coordonner les investissements et d’assurer leur cohérence avec les priorités des territoires.

Un impératif face au changement climatique

Pour Daouda Thiandoum, la planification spatiale doit devenir une priorité pour toutes les collectivités territoriales du Sénégal. Il estime que les effets du changement climatique et les contraintes économiques renforcent la nécessité d’anticiper les mutations des territoires.

Il propose notamment d’adosser le financement de ces documents aux fonds de concours de la décentralisation ou de mettre en place d’autres mécanismes adaptés.

Toutefois, l’existence de documents de planification ne suffirait pas, à elle seule, à garantir une meilleure organisation de l’espace. L’urbaniste préconise aussi des mesures incitatives et dissuasives pour assurer le respect des orientations retenues.

L’enjeu consiste donc à faire de la planification spatiale un véritable outil de décision publique, afin de mieux coordonner les investissements, de préserver les ressources et de promouvoir un développement territorial cohérent et durable.

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