Les députés examinent ce lundi 29 juin 2026 une proposition de loi portant révision de la Constitution. Alors que le texte prévoit un important réaménagement des rapports entre l’Exécutif et le Législatif, il suscite de profondes divergences entre la Présidence de la République et le Perchoir. À quelques heures du vote, les critiques se multiplient et les appels à la mobilisation se font entendre.

Une réforme institutionnelle au cœur des débats

L’Assemblée nationale tient, ce lundi 29 juin, une séance plénière décisive consacrée à l’examen et au vote d’une proposition de loi portant révision constitutionnelle. Ce texte, initié par des parlementaires, ambitionne de redéfinir l’équilibre des pouvoirs entre l’Exécutif et le Législatif.

Son examen intervient dans un contexte politique particulier, marqué par des divergences entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, un mois après le départ de ce dernier de la Primature.

Un rééquilibrage des pouvoirs proposé

Les travaux de la Commission des lois ont abouti à plusieurs modifications majeures de l’architecture institutionnelle.

Le texte prévoit notamment d’interdire au président de la République de diriger un parti politique ou une coalition. Il impose également une élaboration concertée du programme de gouvernement entre le chef de l’État et le Premier ministre.

Par ailleurs, le Premier ministre retrouverait le pouvoir de nomination aux emplois civils.

La réforme introduit aussi plusieurs garde-fous institutionnels. Ainsi, la modification de l’article 87 limiterait à une seule dissolution de l’Assemblée nationale par mandat présidentiel. De son côté, l’amendement de l’article 86 plafonnerait à deux le nombre de motions de censure par an. Le texte instaure également un mécanisme d’engagement de responsabilité sur les lois de finances, inspiré du modèle français, afin de faciliter leur adoption.

La coalition présidentielle dénonce une dénaturation du texte

Cette révision constitutionnelle suscite une vive opposition au sein de la coalition Diomaye Président.

Réunis en conférence des leaders, dimanche 28 juin, les responsables de la coalition, conduits par leur coordinatrice Aminata Touré, en présence notamment de l’avocat Abdoulaye Tine, ont accusé la Commission des lois d’avoir profondément modifié le projet issu du Dialogue national sur la justice.

Selon eux, les amendements adoptés transféreraient une partie des prérogatives du président de la République vers le Parlement. « Le projet présenté par le président a été tout simplement détourné » et « à travers ces amendements, le texte est devenu méconnaissable », a déclaré Aminata Touré.

L’ancienne Première ministre a également rappelé que le chef de l’État conserve la possibilité de consulter directement les Sénégalais par référendum. Elle a averti que « le peuple sénégalais n’acceptera pas qu’on lui impose un régime parlementaire déguisé » et a affirmé que « si nécessaire, nous irons au référendum ».

Dans le même temps, elle a regretté que le débat politique se concentre sur cette réforme alors que, selon elle, les préoccupations des populations demeurent ailleurs, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’emploi et du coût de la vie.

Opposition et société civile critiquent la méthode

L’opposition et plusieurs organisations de la société civile contestent principalement la procédure retenue pour adopter cette réforme.

Le porte-parole de l’Alliance pour la République (APR), Seydou Guèye, estime qu’une révision d’une telle ampleur aurait dû être soumise au référendum plutôt qu’à une procédure parlementaire. De son côté, l’ancien ministre Serigne Mbaye Thiam redoute l’instauration d’un régime hybride susceptible de provoquer des blocages institutionnels.

Le mouvement citoyen Y en a marre dénonce également « un manque de transparence flagrant » ainsi qu’un « forcing politique inacceptable » qui, selon lui, écarte les citoyens des décisions touchant aux fondements des institutions.

De son côté, le nouveau cadre unitaire Aar Sunu République, qui rassemble des syndicats et plusieurs organisations de la société civile, réclame le retrait du texte. Le collectif a annoncé une manifestation citoyenne prévue le vendredi 10 juillet à Dakar.

Des appels à la mobilisation avant le vote

À l’approche de la séance plénière, les tensions se sont également déplacées sur le terrain de la mobilisation.

Les responsables de la majorité parlementaire ont lancé un appel à une « mobilisation générale » des « patriotes » devant les grilles de l’Assemblée nationale afin de soutenir les députés favorables à la réforme.

Le maire de Dakar, Abass Fall, a lui aussi invité les citoyens à participer au rassemblement dans un esprit de calme et de responsabilité. « Dans le calme et la sérénité, allons soutenir nos députés demain pour le vote de la proposition de loi portant réforme constitutionnelle. Pas d’effigies de parti, pas de slogans partisans ! Seul le peuple compte ! », a-t-il déclaré.

Le vote de cette réforme est désormais attendu comme un moment clé de la vie institutionnelle sénégalaise, tant par ses implications sur l’équilibre des pouvoirs que par les débats politiques qu’il suscite.

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