Déficit élevé, investissements bloqués, dette coûteuse : un redressement budgétaire urgent s’impose


Des recettes fiscales solides, mais un financement externe quasi absent

Au premier trimestre 2025, le Sénégal a mobilisé 1 027,82 milliards FCFA, soit 21,44 % des prévisions annuelles, ce qui représente une hausse de 9,7 % sur un an.
Plus précisément, les recettes fiscales ont progressé de 11,6 % pour atteindre 960,26 milliards, avec un taux d’exécution de 94,4 %.
De même, les recettes non fiscales ont bondi de 24,4 %, atteignant 59,56 milliards.
Ainsi, les recettes internes représentent 96,15 % de l’objectif trimestriel, démontrant une bonne performance.

Cependant, malgré ces résultats encourageants, la situation reste fragile.
En effet, aucun don budgétaire n’a été exécuté sur les 45 milliards prévus.
De plus, seulement 8 milliards sur 200 milliards de dons en capital ont été réalisés.
En somme, seuls 3,27 % des ressources extérieures attendues ont été mobilisées, limitant ainsi les capacités d’investissement.


Des dépenses déséquilibrées : fonctionnement en hausse, investissements au ralenti

En parallèle, les dépenses totales au T1 2025 se chiffrent à 1 419,45 milliards FCFA, soit 22,14 % du budget annuel.

Détail des dépenses :

  • Dépenses ordinaires : 1 130,89 milliards FCFA
    • D’une part, le service de la dette a coûté 225,24 milliards, en hausse de 24 %.
    • D’autre part, les dépenses de personnel s’élèvent à 357,07 milliards, avec une légère hausse de 1 %.
    • Enfin, les transferts courants atteignent 463,93 milliards, en progression de 15,2 %, tirés par les subventions à l’énergie et à l’enseignement supérieur.
  • Dépenses en capital : 288,57 milliards FCFA, soit une baisse de 42,2 milliards par rapport à 2024.
  • Surtout, seulement 2,64 milliards ont été exécutés sur les 308,25 milliards prévus pour les investissements internes, soit un taux d’exécution très faible de 0,86 %.

Un déficit budgétaire qui explose

Par conséquent, le déficit de 2024 s’est élevé à 2 500,95 milliards FCFA, soit 12,6 % du PIB, dépassant largement les 11,1 % prévus.

En 2025, la trajectoire reste préoccupante, car le déficit demeure au-dessus de la norme communautaire de l’UEMOA fixée à 3 %.
Par ailleurs, le coût de la dette devient insoutenable, avec des emprunts contractés à des taux de 10 à 12 % sur les marchés internationaux, contre 6 à 7 % dans la zone UEMOA.


Le Pr Amath Ndiaye appelle à un sursaut politique

Face à ces déséquilibres, le Pr Amath Ndiaye appelle à une réponse urgente.
Pour lui, le redressement budgétaire est devenu une nécessité nationale.

Il recommande notamment :

  • D’accélérer les décaissements des projets structurants,
  • De renforcer les négociations avec le FMI,
  • D’engager un plan de redressement crédible,
  • De réduire les subventions inefficaces,
  • De maîtriser les dépenses de fonctionnement,
  • De réorienter les investissements vers les secteurs à fort rendement économique,
  • Et surtout, de protéger les populations vulnérables.

Un avenir incertain sans correction immédiate

En dépit des bons résultats sur les recettes fiscales, les déséquilibres structurels persistent.
En effet, les charges d’intérêts progressent à un rythme inquiétant.

Ainsi, sans redressement budgétaire immédiat, le Sénégal risque un surendettement sévère, avec des conséquences graves sur la croissance, l’emploi des jeunes et la Vision 2050.

Pour conclure, le Pr Ndiaye insiste :

« Ce redressement exige un réel courage politique. »
Et d’ajouter :
« La stabilité budgétaire constitue le socle d’un développement durable. »

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