Au Soudan, la ville d’El-Obeid, dans le Kordofan du Nord, reste confrontée à une grave crise humanitaire. Alors que les affrontements se poursuivent, des accusations visant des forces affiliées à l’armée soudanaise font état de menaces contre des civils qui tenteraient de fuir la ville. Ces allégations, qui nécessitent une vérification indépendante, soulèvent de sérieuses questions sur la protection des populations en temps de guerre.

El-Obeid, un enjeu stratégique dans la guerre soudanaise

Depuis le 15 avril 2023, les Forces armées soudanaises (SAF) affrontent les Forces de soutien rapide (FSR). Située dans le Kordofan du Nord, El-Obeid occupe une position stratégique pour les déplacements de population et l’acheminement des marchandises.

L’intensification des combats autour de la ville a aggravé les conditions de vie des habitants. Dans une note publiée le 8 mai 2026, le Groupe mondial de protection humanitaire a signalé des restrictions de mouvement, des attaques de drones, des déplacements forcés et une dégradation des services essentiels. De nombreux civils resteraient piégés dans la ville.

Des accusations de menaces contre les civils

Au-delà des affrontements, les conditions dans lesquelles les habitants peuvent quitter les zones dangereuses suscitent des inquiétudes.

Dans un article publié le 22 juillet 2026 par Modern Diplomacy, Willy Fautré accuse les Forces armées soudanaises et certains groupes qui leur sont affiliés d’avoir contribué à empêcher des civils de quitter El-Obeid.

La publication évoque notamment une vidéo largement diffusée dans laquelle Abou Aqla Mohammed Kaikal, présenté comme un commandant des forces Sudan Shield affiliées à l’armée, aurait menacé de tirer sur des habitants tentant de fuir la ville.

Ces accusations pourraient soulever des questions relatives à la détention illégale, au déplacement forcé ou à l’utilisation de civils comme boucliers humains, selon les circonstances établies. Toutefois, les éléments rapportés ne permettent pas de considérer ces faits comme juridiquement établis. Une enquête indépendante reste nécessaire pour déterminer les responsabilités éventuelles.

Une crise humanitaire qui s’aggrave

Les restrictions de déplacement et l’insécurité compliquent l’accès à la nourriture, à l’eau potable et aux soins médicaux. Les violences sur les routes et les risques aux points de contrôle accentuent également la vulnérabilité des populations.

Les femmes, les enfants et les personnes déplacées figurent parmi les groupes les plus exposés. Dans un reportage publié le 30 août 2026, The Guardian a décrit l’arrivée de familles déplacées à El-Obeid et dans les camps environnants, confrontées à la surpopulation, aux pénuries alimentaires et à la dégradation des conditions sanitaires.

La reprise, par l’armée, d’un axe routier stratégique à la fin du mois de juillet avait réduit en partie la menace d’un encerclement complet. Cette évolution n’a toutefois pas supprimé les risques liés aux attaques de drones et aux affrontements dans les zones voisines.

La situation militaire restant évolutive, les informations relatives à l’accès aux routes et à la sécurité des habitants doivent être replacées dans leur contexte temporel.

Le droit international impose la protection des civils

Le droit international humanitaire interdit d’utiliser la présence de civils pour protéger des objectifs militaires contre des attaques. Il impose également aux parties au conflit de distinguer les civils des combattants et de prendre toutes les précautions possibles pour limiter les pertes humaines.

Empêcher des habitants de quitter une zone de combat peut soulever de graves questions juridiques, notamment lorsque ces restrictions s’accompagnent de menaces ou exposent les personnes à des dangers injustifiés.

Cependant, la qualification de bouclier humain exige d’établir des éléments précis, notamment l’intention d’utiliser la présence de civils pour protéger des objectifs militaires. Toute restriction de déplacement ne constitue donc pas automatiquement une telle violation.

Les accusations concernant El-Obeid nécessitent ainsi des investigations impartiales afin d’établir les faits et les responsabilités éventuelles.

La protection des populations, une priorité urgente

Face à la poursuite des combats, les organisations humanitaires et les acteurs internationaux sont confrontés à un défi majeur : protéger les habitants et faciliter l’acheminement de l’aide.

La communauté internationale est appelée à renforcer la surveillance des violations présumées, à faciliter l’accès humanitaire et à garantir que les civils puissent quitter les zones dangereuses sans subir de menaces.

Ces obligations concernent toutes les parties au conflit. Les attaques contre les populations civiles, les entraves injustifiées à l’aide humanitaire et l’utilisation éventuelle de civils à des fins militaires doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes, quelle que soit l’identité des auteurs présumés.

À El-Obeid, la question dépasse donc le contrôle territorial. Elle concerne avant tout le droit des habitants à être protégés et à survivre à la guerre sans devenir les instruments des stratégies militaires.

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