Des demandeurs dénoncent un système coûteux et opaque
Présente dans 168 pays et partenaire de 71 gouvernements, VFS Global s’impose comme un acteur incontournable dans la gestion des demandes de visas à travers le monde. Pourtant, de nombreux usagers, notamment en Afrique, dénoncent un système qu’ils jugent complexe, coûteux et souvent décourageant.
Au Sénégal, l’artiste et entrepreneur Aliou, habitué des démarches administratives pour se rendre en Europe, ne cache pas sa frustration.
« Je ne comprends pas tout le système. Mais ce qui se passe avec les visas en Afrique, c’est du grand n’importe quoi. Pour moi, c’est de l’arnaque », déplore-t-il.
Son témoignage rejoint celui de nombreux candidats au visa qui dénoncent des frais croissants et des procédures difficiles à comprendre.
Les services optionnels dopent les revenus de l’entreprise
Selon les données financières de l’entreprise, VFS Global a vu ses bénéfices opérationnels passer de 31 à 171 millions d’euros entre 2017 et 2024, soit une progression spectaculaire de plus de 450 %.
Pour expliquer cette croissance, l’entreprise met en avant la commercialisation de services à valeur ajoutée (VAS), parmi lesquels figurent les notifications par SMS, les salons premium ou encore les espaces VIP.
Les données recueillies dans plusieurs pays montrent que ces services représentent environ 30 % du chiffre d’affaires mondial de VFS Global. En Afrique du Sud, au Kenya et au Nigeria, ils constituent une part importante des revenus générés localement.
D’anciens employés évoquent une forte pression commerciale
Plusieurs anciens employés interrogés au Sénégal, au Kenya et dans d’autres pays africains affirment avoir reçu une formation spécifique destinée à promouvoir ces services optionnels.
Selon leurs témoignages, certains agents présentaient parfois ces prestations comme quasi obligatoires, sans toujours préciser qu’elles restaient facultatives et qu’elles n’augmentaient en rien les chances d’obtenir un visa.
Au Sénégal, un ancien salarié affirme avoir subi une forte pression pour vendre des services premium aux demandeurs. Au Kenya, d’autres ex-employés indiquent que les frais liés aux SMS et aux services de courrier étaient souvent ajoutés automatiquement aux factures.
Des rapports européens pointent certaines pratiques
Plusieurs rapports d’inspection émanant de pays de l’espace Schengen et de la Commission européenne ont également relevé une pression commerciale importante autour des services optionnels.
Ces documents évoquent notamment un manque de clarté concernant le caractère facultatif de certaines prestations proposées aux demandeurs de visa.
Des réseaux parallèles prospèrent autour des rendez-vous
L’enquête révèle également l’existence de réseaux frauduleux qui gravitent autour des centres de visas. Ces structures, souvent présentées comme des « agences », promettent d’obtenir des rendez-vous ou de faciliter les démarches en échange de sommes importantes.
À Dakar, certains demandeurs affirment payer entre 75 000 et 200 000 FCFA pour obtenir un rendez-vous.
« On n’est même pas sûr d’obtenir le visa. On paie juste pour avoir le rendez-vous », témoigne Salimata, engagée dans une procédure de demande de visa pour la France.
Une enquête met en lumière des pratiques frauduleuses
À Kinshasa, en République démocratique du Congo, des journalistes ont réussi à documenter l’existence d’une collaboration présumée entre une agence frauduleuse et un employé travaillant dans un centre VFS Global.
Selon l’enquête, ce dernier aurait réclamé 650 euros pour faciliter l’obtention d’un visa dont le coût officiel était nettement inférieur.
Ces révélations alimentent les soupçons de nombreux usagers qui dénoncent un marché parallèle prospérant autour des demandes de visa.
VFS Global rejette les accusations
Face aux critiques, VFS Global affirme avoir renforcé ses dispositifs de sécurité afin de lutter contre la fraude.
L’entreprise met notamment en avant l’utilisation de systèmes de vérification comme les mots de passe à usage unique et les CAPTCHA. Elle rappelle également avoir lancé la campagne #DoNotFallForFraud pour sensibiliser les demandeurs aux escroqueries.
Concernant les services à valeur ajoutée, VFS assure que ceux-ci sont développés en concertation avec les gouvernements partenaires et que les usagers sont clairement informés de leur caractère facultatif.
L’entreprise insiste également sur le fait que ces services n’influencent ni la décision d’octroi du visa ni les délais de traitement des dossiers.
Une politique de visas qui génère du mécontentement
Pour plusieurs observateurs, les critiques adressées à VFS Global trouvent également leur origine dans les politiques migratoires restrictives mises en place par certains États.
Dans un rapport consacré à la délivrance des visas, Paul Hermelin, président du conseil d’administration de Capgemini, qualifie ainsi le système français de « machine à mécontentement ».
Selon lui, le faible nombre de visas accordés par rapport au volume de demandes crée mécaniquement de la frustration chez les candidats.
Il plaide notamment pour une délivrance plus large de visas de longue durée à certaines catégories de voyageurs réguliers, comme les hommes d’affaires, les universitaires ou les professionnels effectuant fréquemment des déplacements entre l’Afrique et l’Europe.
Une question qui dépasse VFS Global
Si aucune illégalité n’est formellement reprochée à VFS Global dans la gestion de ses activités, l’enquête met en lumière les difficultés rencontrées par de nombreux Africains dans leurs démarches de mobilité internationale.
Entre coûts élevés, services additionnels controversés, difficultés d’accès aux rendez-vous et taux de refus importants, la question des visas continue d’alimenter frustrations et débats sur le continent.
