La Division des investigations criminelles (DIC) poursuit son offensive contre la plateforme de paris en ligne Mégapari. Après plusieurs mois d’enquête, les policiers ont déféré trois suspects au parquet pour une série d’infractions présumées, allant de l’escroquerie portant sur des deniers publics au blanchiment de capitaux. Les investigations mettent en lumière un réseau international qui aurait utilisé de faux partenariats, des services de paiement mobile et les cryptomonnaies pour faire transiter plus de 7 milliards de francs CFA.
La DIC défère trois suspects au parquet
La Division des investigations criminelles (DIC) a déféré au parquet trois personnes poursuivies pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur des deniers publics, blanchiment de capitaux, exploitation illégale de jeux en ligne, accès illégal à un système informatique et fraude fiscale.
Selon Libération, l’enquête a démarré après deux plaintes déposées respectivement par la Loterie nationale sénégalaise (Lonase), par l’intermédiaire de l’Agent judiciaire de l’État (AJE), et par la Sonatel. Les deux structures reprochent à la plateforme Mégapari d’avoir exercé des activités de paris en ligne sans aucune autorisation.
Un faux partenariat avec la Lonase
Au fil des investigations, les enquêteurs ont découvert un dispositif particulièrement sophistiqué destiné à renforcer la crédibilité de la plateforme auprès des joueurs.
D’après Libération, les responsables présumés de Mégapari auraient notamment utilisé des images générées par l’intelligence artificielle pour faire croire à l’existence d’un partenariat officiel avec la Lonase. Dans le même temps, la Sonatel a constaté une hausse inhabituelle des demandes d’annulation de transactions Orange Money. En approfondissant ses vérifications, l’opérateur a mis au jour un usage frauduleux de son service au profit de la plateforme.
Plus de 7 milliards FCFA dans le circuit financier
Les investigations ont ensuite permis aux policiers de reconstituer le circuit des fonds collectés auprès des utilisateurs de Mégapari.
Les enquêteurs ont établi que les mises étaient rapidement transférées vers la Côte d’Ivoire ou vers plusieurs comptes ouverts au Sénégal. L’exploitation de trois numéros marchands liés à la plateforme a ainsi permis de retracer des flux financiers dépassant 7,1 milliards de francs CFA, révélant l’ampleur des opérations présumées.
Une organisation dirigée depuis la Russie
L’enquête a conduit à l’arrestation de deux ressortissants sénégalais et d’une ressortissante camerounaise, identifiée sous les initiales S. F. Oyane. Cette dernière a été interpellée à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) alors qu’elle s’apprêtait à quitter le territoire sénégalais.
Au cours de son audition, rapporte Libération, elle a déclaré que la plateforme était pilotée depuis la Russie par le Camerounais N. J. M. Ndongo, avec le soutien du Sénégalais M. Diop, également installé dans ce pays.
Des transferts régionaux avant un passage par les cryptomonnaies
Selon les conclusions de la DIC, les fonds collectés transitaient par des comptes Orange Money et Wave avant d’être transférés vers le Mali, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Les organisateurs présumés convertissaient ensuite ces sommes en cryptomonnaies afin d’en masquer davantage la traçabilité.
Les enquêteurs ont également établi que Mégapari ne disposait d’aucune existence juridique au Sénégal. La plateforme ne possédait ni siège social, ni compte bancaire dans le pays et ne figurait pas dans les registres de l’APIX.
Le parquet désormais saisi
À ce stade de la procédure, les trois personnes interpellées bénéficient de la présomption d’innocence. Il revient désormais au parquet d’apprécier les éléments réunis par la DIC et de décider des suites judiciaires à donner à cette affaire, qui met en évidence les défis croissants liés aux plateformes de jeux en ligne clandestines et aux flux financiers transfrontaliers.

