La Côte d’Ivoire se dit prête à renouer le dialogue sécuritaire avec ses voisins sahéliens. En déplacement en France à l’occasion du salon Eurosatory, consacré aux industries de défense, le vice-Premier ministre ivoirien, Téné Birahima Ouattara, a affirmé qu’Abidjan restait disposée à reprendre sa collaboration avec le Mali et le Burkina Faso dans la lutte contre le terrorisme.

Abidjan plaide pour une reprise des opérations conjointes

Face à la menace persistante des groupes armés dans la sous-région, les autorités ivoiriennes souhaitent relancer les mécanismes de coopération avec Bamako et Ouagadougou.

« Téné Birahima Ouattara a notamment rappelé que la Côte d’Ivoire avait entamé des discussions avec le Burkina Faso afin de mener des opérations conjointes contre les groupes terroristes présents dans les zones frontalières. Cependant, les autorités ont mis un terme à cette coopération en juin 2024. »

« Avec le Burkina, par exemple, nous avions engagé la possibilité de mener des opérations communes. Il y a eu un arrêt que je qualifierais de brutal et, depuis lors, il n’y a plus rien », a déclaré le vice-Premier ministre.

Malgré cette rupture, le responsable ivoirien estime qu’une telle collaboration demeure indispensable pour faire face à l’expansion de la menace terroriste dans la région. Il s’est dit « sincèrement prêt » à reprendre cette coopération si le Mali et le Burkina Faso en expriment la volonté.

Une stratégie sécuritaire fondée sur la défense et le développement

La Côte d’Ivoire n’a plus subi d’attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) depuis 2021, alors même que cette organisation poursuit ses offensives au Mali et au Burkina Faso, parfois à proximité immédiate de la frontière ivoirienne.

Pour expliquer cette relative stabilité, les autorités mettent en avant une approche combinant renforcement militaire et développement économique des zones vulnérables.

Selon Téné Birahima Ouattara, près de 3 000 militaires sont actuellement déployés dans le nord du pays afin de sécuriser cette région stratégique.

« Dès le début, nous avons compris qu’il fallait organiser la zone nord aussi bien sur le plan militaire que sur celui du développement. La misère constitue un terreau favorable au terrorisme », a-t-il expliqué.

La France, un partenaire stratégique pour Abidjan

Au cours de son intervention, le vice-Premier ministre ivoirien a également réaffirmé l’importance du partenariat entre la Côte d’Ivoire et la France dans le domaine de la défense.

Selon lui, la coopération entre les deux pays demeure particulièrement solide, notamment en matière de formation des forces armées, de renseignement et d’équipements militaires.

« Que ce soit au niveau de la formation, du renseignement ou des équipements, nous entretenons une coopération exemplaire avec la France », a-t-il souligné.

Des relations tendues avec les pays de l’AES

Cette main tendue intervient dans un contexte diplomatique marqué par des tensions entre Abidjan et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Les relations se sont progressivement détériorées après l’arrivée au pouvoir des juntes militaires à Bamako et à Ouagadougou en 2020 et 2022. Ces régimes ont fait de la souveraineté nationale et de la rupture avec l’influence française un axe majeur de leur politique extérieure.

À l’inverse, la Côte d’Ivoire demeure l’un des principaux alliés de la France en Afrique de l’Ouest. Une divergence de vision qui continue d’alimenter les crispations entre Abidjan et ses voisins sahéliens, malgré les appels à une coopération régionale renforcée contre le terrorisme.

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