À l’approche du 2 décembre 2026, date à laquelle le président Bassirou Diomaye Faye pourrait recouvrer son droit de dissolution de l’Assemblée nationale, le chef de l’État se retrouve face à un choix politique délicat. Entre les difficultés d’implantation de son parti, Kiiraay, et le poids parlementaire de Pastef, une dissolution pourrait ouvrir une nouvelle bataille électorale sans garantir un changement de majorité.
Le président de la République devra arbitrer entre deux options aux conséquences importantes : dissoudre l’Assemblée nationale ou maintenir les institutions en l’état. Dans une analyse consacrée à cette échéance, l’auteur estime que chacune de ces décisions comporte des risques pour le camp présidentiel.
Dissoudre l’Assemblée : le pari risqué de Kiiraay
Le premier défi concerne la capacité de Kiiraay à s’imposer sur le terrain politique. Lancé par Bassirou Diomaye Faye, le parti présidentiel doit encore démontrer son implantation locale et sa capacité de mobilisation, selon l’analyse.
L’auteur s’interroge notamment sur la portée des ralliements annoncés, ainsi que sur les chiffres avancés concernant les maires et les cadres qui soutiendraient la nouvelle formation. Le congrès annoncé après l’hivernage pourrait constituer un premier indicateur de son organisation et de son ancrage.
En face, Pastef dispose d’une présence militante et d’une majorité à l’Assemblée nationale. Le parti d’Ousmane Sonko bénéficie également d’une dynamique politique que l’auteur juge difficile à concurrencer à court terme.
Dans ces conditions, une dissolution suivie de législatives pourrait ne pas produire le rééquilibrage recherché par le président. Selon l’article, le camp présidentiel risquerait au contraire de se retrouver face à une majorité parlementaire toujours dominée par Pastef.
L’article 87 de la Constitution prévoit que le scrutin législatif doit se tenir entre 60 et 90 jours après la publication du décret de dissolution. Il encadre également les conditions dans lesquelles le président peut dissoudre l’Assemblée nationale.
Une nouvelle législature ouvrirait ainsi une séquence institutionnelle dont l’issue dépendrait des résultats du scrutin. Si Pastef conservait sa majorité, le président devrait continuer à composer avec un Parlement dominé par le parti de son ancien allié.
Maintenir l’Assemblée : une pression parlementaire durable
L’autre option consisterait à ne pas dissoudre l’Assemblée le 2 décembre. Cette décision permettrait d’éviter immédiatement une nouvelle confrontation électorale, mais elle laisserait intact le rapport de force actuel.
Selon l’analyse, Pastef pourrait continuer à utiliser sa majorité pour porter des propositions de loi sur des engagements pris par Bassirou Diomaye Faye pendant la campagne présidentielle de 2024. La transparence dans les contrats pétroliers, la déclaration de patrimoine, la redevabilité et la suppression des fonds politiques figurent parmi les sujets évoqués.
L’auteur décrit une stratégie consistant à faire examiner ces propositions par la majorité parlementaire, afin de maintenir la pression sur le pouvoir exécutif et de placer le président face à ses engagements antérieurs.
Cette lecture relève toutefois de l’analyse politique. La portée de chaque proposition dépendrait de son contenu, de son adoption et des procédures institutionnelles applicables.
Élections locales : une décision de la Cour suprême au cœur du débat
Le calendrier des élections territoriales constitue un autre élément de cette équation politique. Le 27 août 2026, la Cour suprême a rejeté le recours du collectif Ñoo Lank, qui demandait que les autorités fixent la date des prochaines élections départementales et municipales.
La juridiction a notamment relevé qu’aucune décision administrative relative à la convocation du corps électoral n’avait encore été prise. Elle a estimé qu’elle ne pouvait pas se substituer à l’Exécutif pour imposer une décision qui n’existait pas encore. Ce rejet n’équivaut donc pas, à lui seul, à une autorisation de reporter les élections jusqu’au 31 décembre 2027.
Le débat porte également sur l’interprétation des dispositions du Code électoral relatives à la durée du mandat des conseillers territoriaux et au calendrier de leur renouvellement. L’article L.269 prévoit notamment que les élections municipales ont lieu dans les trente jours précédant l’expiration de la cinquième année, tout en encadrant les possibilités de prorogation.
L’interprétation de ces dispositions et les décisions que prendra l’Exécutif restent donc déterminantes pour clarifier le calendrier électoral. Il convient de distinguer les règles prévues par le Code électoral de la lecture politique qu’en font les différents acteurs.
Un possible compromis entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko ?
Face à cette situation, l’auteur envisage une autre voie : une négociation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. L’hypothèse évoquée consisterait à permettre à Sonko de quitter la présidence de l’Assemblée nationale pour retrouver la Primature, en contrepartie d’un apaisement des tensions entre les deux camps.
Une telle issue supposerait toutefois un accord politique dont l’existence n’est pas établie. Elle impliquerait également des arbitrages sur le fonctionnement du gouvernement, les relations entre l’Exécutif et le Parlement et les engagements défendus par les deux responsables.
L’auteur considère enfin qu’une procédure judiciaire visant Ousmane Sonko présenterait des incertitudes politiques. Il privilégie ainsi l’hypothèse d’un arrangement, tout en soulignant les difficultés qu’une telle démarche pourrait poser au président.
À l’approche du 2 décembre 2026, le dilemme de Bassirou Diomaye Faye reste donc entier dans cette analyse : tenter de modifier le rapport de force par les urnes ou conserver l’Assemblée actuelle, au risque de prolonger les tensions politiques. L’issue dépendra des décisions institutionnelles du chef de l’État, de la capacité de Kiiraay à se structurer et de l’évolution des relations entre les deux pôles de l’ancien tandem au pouvoir.
