Un an après son départ de Madagascar, Andry Rajoelina vit en exil aux Émirats arabes unis, tandis que plusieurs de ses anciens collaborateurs ont été emprisonnés, ont quitté le pays ou se sont rapprochés des nouvelles autorités. Mais l’ancien président n’échappe plus totalement à la pression judiciaire : des enquêtes le visant ont été annoncées en septembre 2026.
Andry Rajoelina, un an après sa fuite de Madagascar
Le 12 octobre 2025, après plusieurs semaines de manifestations portées par le mouvement de la Génération Z, Andry Rajoelina quittait Madagascar à bord d’un avion militaire français. Son départ intervenait alors que la contestation populaire s’intensifiait et qu’une partie de l’armée avait rejoint les manifestants.
Trois jours plus tard, le colonel Michaël Randrianirina prêtait serment comme président de la Refondation de la République. Depuis, le nouveau pouvoir conduit une transition dont les autorités ont annoncé qu’elle devrait aboutir à de nouvelles élections d’ici 2027. https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/information-par-pays/madagascar/presentation-de-madagascar
Installé principalement à Dubaï, Andry Rajoelina tente de préserver ses relations internationales et de maintenir des relais politiques. Mais sur la Grande Île, son ancien camp a perdu une grande partie de son influence. Plusieurs de ses anciens alliés ont rejoint les nouvelles autorités, tandis que d’autres font face à des poursuites judiciaires ou ont choisi l’exil.
Les anciens alliés d’Andry Rajoelina dispersés
Le sort des anciens collaborateurs de l’ex-président illustre les bouleversements provoqués par la chute du régime.
L’ancien maire d’Antananarivo, Naina Andriantsitohaina, a quitté le pays, selon les informations rapportées par la presse. D’autres personnalités proches de l’ancien pouvoir se retrouvent confrontées à la justice.
C’est notamment le cas de Rinah Rakotomanga, ancienne conseillère d’Andry Rajoelina, dont la situation judiciaire s’inscrit dans les suites de la crise politique.
Le dossier de Marie-Michelle Sahondrarimalala, ancienne ministre de l’Éducation nationale, est particulièrement emblématique. Le 30 septembre 2026, le tribunal de première instance d’Antananarivo l’a condamnée à cinq ans d’emprisonnement ferme pour atteinte à la sûreté de l’État. Cette affaire s’inscrit dans les procédures engagées contre plusieurs figures de l’ancien régime. https://newsmada.com/2026/10/01/atteinte-a-la-surete-de-letat-cinq-ans-de-prison-ferme-pour-marie-michelle-sahondrarimalala/
Le monde des affaires n’est pas épargné. Mamy Ravatomanga, considéré comme un proche et un soutien financier important de l’ancien pouvoir, est détenu à Maurice, où il fait l’objet de procédures judiciaires.
Ainsi, entre départs à l’étranger, détentions et changements d’allégeance, l’ancien entourage présidentiel apparaît profondément fragilisé.
Nationalité française : une décision controversée
Au-delà de la perte du pouvoir, Andry Rajoelina a également subi une conséquence juridique majeure.
Naturalisé français en 2014, l’ancien président a perdu la nationalité malgache à la suite d’un décret publié le 24 octobre 2025 par les autorités de la transition. Cette décision s’appuie sur les dispositions du droit malgache relatives à l’acquisition volontaire d’une nationalité étrangère. https://moov.mg/actualite/108222-nationalite-malgache-que-prevoit-la-loi-pour-ceux-qui-deviennent-etrangers
Cette question avait déjà alimenté une controverse politique avant sa chute. En 2023, la révélation de sa naturalisation française avait relancé le débat sur les conditions de son éligibilité à la présidentielle, alors qu’il avait remporté le scrutin de 2018 puis celui de 2023.
La justice malgache s’intéresse désormais à l’ancien président
Pendant plusieurs mois, Andry Rajoelina a échappé aux poursuites annoncées contre des personnalités de son ancien régime. La situation a toutefois évolué en septembre 2026.
Le 11 septembre, TV5MONDE a rapporté que la ministre malgache de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, avait annoncé l’ouverture d’enquêtes visant l’ancien président et plusieurs de ses collaborateurs.
Selon la ministre, une procédure concerne notamment l’utilisation d’un certificat de nationalité malgache lors de la candidature de Rajoelina à la présidentielle de 2023, alors qu’il avait acquis la nationalité française. https://information.tv5monde.com/afrique/madagascar-andry-rajoelina-poursuivi-aussi-pour-son-certificat-de-nationalite-selon-la-ministre-de-la-justice-fanirisoa-ernaivo-2837144
Ces développements ne signifient pas qu’Andry Rajoelina a déjà été condamné. Ils montrent cependant que son exil ne met pas nécessairement un terme aux procédures engagées par les autorités malgaches.
Par ailleurs, les critiques formulées à l’encontre de sa gestion des ressources publiques devront être examinées dans le cadre des procédures et des éléments de preuve disponibles.
Un ancien président sans véritable ancrage politique au pays ?
La chute d’Andry Rajoelina a profondément modifié les rapports de force à Madagascar. Une partie de ses anciens députés et soutiens s’est rapprochée des nouvelles autorités, réduisant sa capacité à peser directement sur les décisions politiques nationales.
Depuis l’étranger, l’ancien chef de l’État conserve néanmoins des contacts et cherche à maintenir une visibilité diplomatique. Sa participation à des rencontres officielles à l’étranger témoigne de cette volonté de rester présent dans les échanges politiques internationaux.
Mais l’écart entre ses ambitions éventuelles et ses moyens d’action à Madagascar reste une question centrale. Sans relais politiques solides sur le territoire national, sa capacité à influencer la transition demeure difficile à mesurer.
Madagascar, une transition sous surveillance
Un an après la mobilisation de la Génération Z, le pays reste engagé dans une transition dominée par les militaires. Les nouvelles autorités ont promis de rétablir la gouvernance, de lutter contre la corruption et d’organiser des élections dans un délai annoncé de deux ans.
Cette période doit également répondre aux attentes de la jeunesse qui avait manifesté contre les coupures d’eau et d’électricité, la dégradation des services publics et les difficultés économiques.
Le bilan de cette transition dépendra notamment du respect des engagements électoraux, de l’indépendance de la justice et de la capacité des autorités à garantir les libertés publiques.
Un an après son départ, Andry Rajoelina reste donc à l’écart du pouvoir, tandis que son ancien entourage traverse une période de recomposition profonde. Entre exil, poursuites judiciaires et ralliements, le paysage politique malgache a changé. La suite des procédures visant l’ancien président et l’évolution de la transition permettront de mieux mesurer les conséquences durables de sa chute.
