Le procès de la présumée « tentative de complot contre le gouvernement » se poursuit devant la Cour d’appel de Bamako. À la barre, le colonel Kassoum Goïta, ancien directeur de la Sécurité d’État, a rejeté les accusations portées contre lui tout en formulant de graves allégations contre les militaires au pouvoir. Il a notamment évoqué des détournements présumés de fonds publics, un projet de maintien prolongé au pouvoir ainsi que des actes de torture.

Le colonel Kassoum Goïta rejette les accusations de complot

Au troisième jour du procès, jeudi, devant la Cour d’appel de Bamako, le colonel Kassoum Goïta a livré sa version des faits dans l’affaire de la présumée « tentative de complot contre le gouvernement ». L’officier, sans lien de parenté avec le président de la Transition Assimi Goïta, figure parmi les six coaccusés proches de l’ancien président de la Transition, Bah N’Daw.

D’entrée, il a contesté les accusations en affirmant qu’il n’existait aucun intérêt à organiser un complot en faveur de Bah N’Daw. Selon lui, ce dernier n’avait jamais manifesté l’intention de s’éterniser au pouvoir.

L’ancien patron de la Sécurité d’État a également expliqué que ses fonctions lui donnaient accès à des informations sensibles. Il estime d’ailleurs que cette position est à l’origine de son enlèvement, de sa séquestration et des poursuites engagées contre lui.

De graves accusations de détournement de fonds

Au cours de son audition, le colonel Kassoum Goïta a accusé les militaires qui dirigent actuellement la Transition d’avoir détourné des fonds publics datant de la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).

Selon ses déclarations, ces ressources auraient été transférées sur des comptes offshore par l’intermédiaire du ministre de l’Économie, Alousséni Sanou. Informé de la situation, Bah N’Daw aurait demandé aux responsables militaires de restituer ces fonds à l’État. Le colonel n’a toutefois avancé aucun montant pour étayer ses accusations.

Un projet présumé de maintien au pouvoir

L’ancien chef de la Sécurité d’État a également affirmé avoir eu connaissance d’un plan visant à prolonger la Transition bien au-delà des engagements initiaux des autorités militaires.

Toujours selon son témoignage, Bah N’Daw aurait refusé d’adhérer à ce projet. Près de six ans après le coup d’État d’août 2020, la Transition militaire est toujours en cours au Mali.

Des allégations de torture devant la Cour

Malgré plusieurs interventions du procureur général, le colonel Kassoum Goïta a aussi évoqué les mauvais traitements qu’il affirme avoir subis durant sa détention.

Ces accusations ont été reprises avec davantage de détails par son coaccusé, l’opérateur économique Sandi Ahmed Saloum. Ce dernier a décrit les sévices qu’il dit avoir endurés, y compris des violences infligées à ses parties génitales. Selon les déclarations rapportées à l’audience, des photographies de ces blessures figurent dans le dossier judiciaire.

La défense dénonce des irrégularités de procédure

Dès l’ouverture du procès, les avocats de la défense avaient demandé l’annulation des poursuites. Ils dénoncent notamment des enlèvements, des détentions arbitraires, des actes de torture ainsi que la signature de procès-verbaux sous la contrainte et en l’absence d’avocats.

La Cour a toutefois rejeté cette requête, tout comme la demande d’application de la loi d’amnistie adoptée en septembre 2021. Ce texte couvre les auteurs des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021, mais il n’a pas été retenu en faveur des accusés.

Les audiences se poursuivent

La Cour doit désormais entendre Kalilou Doumbia, ancien secrétaire général de la présidence, connu pour avoir annoncé à la télévision, en mai 2021, la composition du gouvernement formé après le renversement de Bah N’Daw.

Les plaidoiries de la défense, du ministère public et de l’État sont ensuite attendues. Par ailleurs, le militaire présenté comme l’unique témoin des accusations de complot ne s’est toujours pas présenté à l’audience. La Cour conserve néanmoins la possibilité de le contraindre à comparaître afin de poursuivre l’instruction du dossier.

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