Devant les chefs d’État réunis au sommet de l’Union africaine en Éthiopie, le président ghanéen John Dramani Mahama a officiellement annoncé le dépôt, dès le mois de mars, d’une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies. Par cette initiative, Accra demande explicitement que la traite négrière africaine soit reconnue comme « le crime le plus grave contre l’humanité ».
En outre, plusieurs États africains et caribéens soutiennent cette démarche, qui vise non seulement à rétablir la vérité historique, mais aussi à poser les bases d’une réconciliation fondée sur la justice.
Une offensive diplomatique clairement assumée
À la tribune du sommet annuel de l’Union africaine, le chef de l’État ghanéen a exposé sans ambiguïté les ambitions de son pays. Concrètement, le Ghana présentera aux États membres de l’ONU une déclaration portant sur « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains », qu’il qualifie de crime suprême contre l’humanité.
Ainsi, John Dramani Mahama entend franchir une étape décisive vers une reconnaissance formelle de cette tragédie historique. Fort des consultations qu’il a menées en amont et du soutien affirmé par l’Union africaine, il affiche sa confiance et déclare : « la communauté internationale reconnaîtra enfin la vérité ».
Reconnaître le passé pour bâtir l’avenir
Par ailleurs, le président ghanéen écarte toute interprétation revancharde de son initiative. Au contraire, il affirme vouloir assumer pleinement le passé afin de construire un avenir plus juste. Il rappelle que la traite transatlantique et les systèmes d’esclavage racialisé ont profondément façonné le monde moderne.
En effet, ces « crimes fondateurs » continuent d’engendrer des conséquences concrètes, notamment des inégalités structurelles, des discriminations raciales et des déséquilibres économiques persistants. Dès lors, insiste-t-il, reconnaître ces injustices relève d’un « courage moral » et constitue une étape indispensable vers une justice durable. « Si le passé ne peut être changé, il peut être reconnu. Et la reconnaissance est le premier pas vers la justice », souligne-t-il.
Réparations : une démarche progressive
Dans la continuité de cette dynamique, John Dramani Mahama prolonge les appels lancés en novembre 2023 par son prédécesseur, Nana Akufo-Addo, qui plaidait pour un front uni en faveur de réparations liées à la traite transatlantique et à la colonisation.
Toutefois, le président ghanéen précise ses priorités. Il agit en concertation avec les pays de la Communauté caribéenne (CARICOM), mais concentre pour l’instant ses efforts sur l’adoption de la résolution par l’Assemblée générale de l’ONU. La question des réparations, reconnaît-il, s’inscrit dans un processus plus large et nécessairement progressif.
Rappelons que la traite transatlantique a déporté des millions d’hommes, de femmes et d’enfants originaires d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, bouleversant durablement les sociétés du continent et celles de la diaspora.
Cape Coast, symbole d’une mémoire vivante
Au Ghana, le Fort de Cape Coast demeure un symbole puissant de cette histoire. Ancien comptoir colonial impliqué dans le trafic d’esclaves, ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979, incarne la mémoire d’un drame mondial.
Ainsi, à travers cette offensive diplomatique, Accra place la reconnaissance historique au cœur de l’agenda international. Pour les autorités ghanéennes, aucune injustice dans l’histoire récente ou mondiale n’égale l’ampleur et les conséquences de la traite des esclaves.
