Verdict : plutôt vrai, mais à nuancer.

Le partage répété d’un même casque de moto-taxi peut favoriser la transmission de certaines affections du cuir chevelu et de la peau, notamment des mycoses comme la teigne, des infestations parasitaires comme la gale ou les poux, lorsque les conditions d’hygiène sont insuffisantes. Quant à la tuberculose, les spécialistes estiment qu’un risque indirect de contamination peut exister lorsque plusieurs personnes utilisent successivement, à très court intervalle, un casque retenant des sécrétions respiratoires. Toutefois, aucune donnée disponible ne permet aujourd’hui de mesurer précisément l’ampleur du phénomène à Kaolack.

Une alerte lancée par les conducteurs de moto-taxis

Mamadou Mbodj a récemment affirmé qu’un casque utilisé par « 20, 30, 50, parfois 60 personnes différentes par jour » pouvait devenir un vecteur de transmission de maladies telles que la teigne, les poux, la gale, certaines infections cutanées et la tuberculose.

Selon lui, cette inquiétude repose sur des observations de terrain et sur les mises en garde de professionnels de santé. Son intervention intervient alors que les autorités renforcent l’application du port obligatoire du casque pour les passagers de moto-taxis, une mesure adoptée après le drame de Sikilo en janvier 2023.

Ce que disent les spécialistes

Le professeur Saer Diadji confirme que les champignons responsables de la teigne du cuir chevelu peuvent se transmettre par des objets partagés comme les casques. Il précise également que la gale, causée par un parasite, peut aussi être transmise indirectement par des objets contaminés lorsque les conditions sont favorables.

Concernant la tuberculose, le Programme national de lutte contre la tuberculose rappelle que la maladie se transmet principalement par voie aérienne.

Le Dr Papa Masserigne Soumaré estime toutefois qu’une contamination croisée indirecte reste théoriquement possible lorsqu’une personne infectée tousse à l’intérieur du casque avant qu’il ne soit immédiatement réutilisé.

Un contexte local marqué par l’importance des « Jakarta »

À Kaolack, les motos-taxis occupent une place essentielle dans les déplacements urbains. Selon plusieurs responsables du secteur, chaque conducteur transporte en moyenne entre 20 et 34 passagers par jour, ce qui augmente mécaniquement le nombre d’utilisateurs d’un même casque.

Le préfet du département indique qu’en 2024, 25 associations regroupaient 2 010 conducteurs de moto-taxis. En revanche, aucune statistique officielle ne recense le nombre quotidien de passagers ni d’éventuels cas de contamination liés aux casques partagés.

L’enjeu de sécurité routière demeure prioritaire

Agence nationale de la sécurité routière (ANASER) rappelle que les accidents de la route causent plus de 3 500 décès et plus de 40 000 blessés chaque année au Sénégal, selon les données de Organisation mondiale de la santé.

L’OMS souligne qu’un casque homologué peut réduire de manière significative le risque de décès et de traumatisme crânien chez les motocyclistes. Le port du casque demeure donc une mesure essentielle de protection.

Comment réduire les risques sanitaires

Les spécialistes recommandent plusieurs mesures simples :

  • nettoyer et désinfecter régulièrement les casques ;
  • utiliser des charlottes ou bonnets jetables ;
  • encourager l’acquisition de casques personnels lorsque cela est possible ;
  • sensibiliser conducteurs et passagers aux bonnes pratiques d’hygiène.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle les casques partagés des moto-taxis peuvent transmettre certaines maladies repose sur un risque médical plausible, particulièrement pour les mycoses, les poux et certaines infections cutanées. Pour la tuberculose, le risque demeure plus théorique et indirect.

Il serait exagéré d’affirmer que tout casque partagé entraîne automatiquement une contamination. En revanche, lorsqu’un même équipement est utilisé par de nombreux passagers sans nettoyage régulier, dans un environnement chaud et humide, un risque sanitaire existe bel et bien.

La meilleure approche consiste donc à maintenir strictement le port du casque pour prévenir les traumatismes routiers, tout en accompagnant cette obligation de mesures concrètes d’hygiène et de sensibilisation.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *