À l’occasion de la Journée mondiale du moustique, célébrée ce 20 août, les regards se tournent une nouvelle fois vers le paludisme, dont l’Afrique concentre l’immense majorité des décès. Cinq ans après la recommandation par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) du premier vaccin antipaludique, le RTS,S, les campagnes de vaccination commencent à produire des résultats concrets. Toutefois, malgré ces avancées, le continent doit encore relever d’importants défis, notamment avec l’émergence de nouveaux vecteurs comme Anopheles stephensi.
Le vaccin RTS,S change la donne
La lutte contre le paludisme a franchi une étape majeure en octobre 2021. À cette date, l’OMS a recommandé pour la première fois l’utilisation du vaccin RTS,S contre Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la forme la plus meurtrière du paludisme.
Depuis, les pays africains ont progressivement renforcé le déploiement du vaccin dans leurs stratégies de prévention. Les autorités sanitaires l’intègrent notamment aux programmes de vaccination infantile et aux autres mesures de lutte contre la maladie.
Aujourd’hui, 25 pays africains ont intégré ces programmes, ciblant chaque année plus de 10 millions d’enfants.
Selon le World Malaria Report 2025 de l’OMS, le monde a évité plus de 170 millions de cas de paludisme et environ un million de décès en 2024, notamment grâce au développement de nouveaux outils de prévention, parmi lesquels les vaccins antipaludiques. L’Afrique bénéficie particulièrement de ces avancées, même si elle concentre encore plus de 90 % des cas et des décès liés à la maladie.
De nouveaux outils pour protéger les plus vulnérables
Parallèlement à la vaccination, l’OMS a franchi une autre étape importante en avril 2026 en préqualifiant le premier traitement antipaludique spécialement conçu pour les nouveau-nés et les jeunes nourrissons.
Cette innovation revêt une importance particulière pour l’Afrique. En effet, environ 30 millions de bébés naissent chaque année dans les zones africaines où le paludisme reste endémique.
Ainsi, la multiplication des outils de prévention et de traitement permet aux autorités sanitaires de mieux cibler les populations les plus exposées, en particulier les jeunes enfants.
Le RTS,S réduit la mortalité infantile
Les bénéfices du RTS,S ne se limitent désormais plus aux essais cliniques. Une étude publiée en mai 2026 dans The Lancet a mesuré l’impact du vaccin sur la mortalité des jeunes enfants au Ghana, au Kenya et au Malawi.
Les chercheurs ont suivi le déploiement du vaccin pendant 46 mois dans 158 zones réparties entre les trois pays. Leurs résultats montrent une baisse significative de la mortalité infantile : l’introduction du RTS,S aurait permis d’éviter environ un décès sur huit dans les zones étudiées.
Par ailleurs, l’Afrique compte désormais quatre pays certifiés exempts de paludisme par l’OMS : l’Algérie, Maurice, le Cabo Verde et l’Égypte. Cette dernière a obtenu sa certification en 2024, vingt ans après le Cabo Verde.
Le paludisme reste toutefois un lourd fardeau
Malgré ces progrès, le continent reste confronté à une situation préoccupante. En 2024, l’Afrique a enregistré environ 579 000 décès liés au paludisme, selon l’OMS. Les enfants de moins de cinq ans représentaient à eux seuls près des trois quarts de ces décès.
Face à cette situation, les autorités sanitaires doivent donc poursuivre les efforts de prévention, de vaccination, de dépistage et de traitement. Surtout, elles doivent désormais composer avec l’apparition de nouveaux défis qui pourraient compliquer la lutte contre la maladie.
Anopheles stephensi, un nouveau défi pour les villes africaines
L’expansion de Anopheles stephensi inquiète particulièrement les spécialistes. Originaire d’Asie du Sud, ce moustique a été détecté pour la première fois à Djibouti en 2012.
Depuis, il a gagné plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Plus récemment, les autorités ont signalé sa présence en Afrique de l’Ouest, notamment au Nigeria et au Ghana.
Cette espèce présente une particularité qui complique les stratégies traditionnelles de lutte contre le paludisme : elle s’adapte particulièrement bien aux environnements urbains. Elle peut notamment se reproduire dans des réservoirs et différents contenants artificiels d’eau situés à proximité des habitations.
De plus, Anopheles stephensi résiste aux températures élevées de la saison sèche. Or, durant cette période, la transmission du paludisme diminue habituellement. Cette capacité pourrait donc prolonger la période de transmission et favoriser la progression de la maladie dans les villes africaines.
Selon une modélisation citée dans des travaux scientifiques, l’expansion de cette espèce, combinée à l’urbanisation rapide du continent, pourrait exposer plus de 120 millions d’Africains supplémentaires au risque de paludisme.
Des progrès, mais une vigilance indispensable
Cinq ans après l’arrivée du premier vaccin recommandé par l’OMS, la lutte contre le paludisme affiche donc des résultats encourageants. La baisse de la mortalité observée dans plusieurs pays confirme l’intérêt d’une stratégie combinant vaccination, traitements adaptés et mesures de prévention.
Cependant, l’Afrique ne peut pas relâcher ses efforts. La persistance d’une forte mortalité infantile et l’expansion de nouveaux vecteurs comme Anopheles stephensi rappellent que la bataille contre le paludisme reste loin d’être gagnée.

