En Afrique, des milliers d’orpailleurs prennent chaque jour des risques considérables pour extraire quelques grammes d’or. Le dernier drame en date, survenu dans l’ouest de la République centrafricaine, illustre une nouvelle fois les dangers de l’exploitation artisanale. À Zamboï, un glissement de terrain a fait au moins 100 morts dans une mine d’or située près de la frontière avec le Cameroun. Au-delà du bilan humain, cette tragédie relance le débat sur la sécurité des sites miniers, l’exploitation clandestine et la gouvernance de la filière aurifère sur le continent.

Un nouveau drame dans une mine artisanale

Le drame s’est produit dans la mine d’or artisanale de Zamboï, dans l’ouest de la République centrafricaine. Au moins 100 personnes ont perdu la vie après un glissement de terrain survenu dans cette zone frontalière du Cameroun.

Comme dans de nombreuses exploitations artisanales du continent, les travailleurs creusent souvent le sol avec des moyens rudimentaires et sans bénéficier de véritables dispositifs de sécurité. Or, les sols particulièrement riches de cette région attirent de nombreux orpailleurs, tandis que l’exploitation échappe parfois au contrôle des autorités.

Selon Le Monde Afrique, les éboulements surviennent régulièrement dans les mines centrafricaines, où l’exploitation illégale se développe en dehors de tout cadre étatique.

Le drame de Zamboï rappelle ainsi la vulnérabilité des travailleurs qui s’enfoncent chaque jour dans des galeries instables à la recherche du précieux métal.

Le Cameroun renforce les contrôles

La situation préoccupe également les autorités camerounaises. Le pays a adopté un nouveau code minier en 2023 et annoncé, à la mi-juillet, le renforcement des contrôles dans la filière aurifère.

Cette décision intervient notamment après la découverte d’un important écart entre les volumes d’or déclarés à l’exportation par les douanes camerounaises et ceux que les pays importateurs, notamment les Émirats arabes unis, déclarent avoir reçus.

Selon le gouvernement camerounais, plus de 200 sociétés exploitent actuellement des ressources minières sans disposer des titres ou autorisations nécessaires.

Dans ce contexte, les autorités cherchent à mieux encadrer une activité qui génère d’importantes ressources, mais qui alimente également les circuits informels et clandestins.

Des avertissements restés sans effet

Pourtant, le drame de Zamboï ne serait pas totalement imprévisible. En effet, L’Infodrome rapporte que plusieurs avertissements avaient circulé ces dernières semaines, notamment sur les réseaux sociaux.

Les orpailleurs de la zone travaillaient dans des conditions particulièrement précaires, sans véritable réglementation ni dispositifs de protection adaptés. Trois mois avant le drame, les autorités camerounaises avaient d’ailleurs fermé plus de 200 sites aurifères clandestins lors d’une opération menée par le ministère des Mines.

Cependant, les exploitants ont repris leurs activités après le départ des autorités.

Cette situation rappelle un précédent tragique. En juin dernier, l’effondrement d’une mine à Bé-Mbari, également située dans la zone frontalière, avait déjà causé plusieurs dizaines de morts.

« L’or de la mort » dénoncé

Face à la répétition de ces catastrophes, plusieurs médias africains dénoncent les conditions dans lesquelles les travailleurs extraient l’or.

Au Burkina Faso, WakatSéra parle ainsi d’un « or de la mort ». Le média estime que les sites miniers artisanaux se multiplient en Afrique sans respecter les règles élémentaires de sécurité et d’hygiène.

La recherche du précieux métal pousse ainsi des milliers de personnes à prendre des risques extrêmes. Pour beaucoup d’orpailleurs, l’or représente pourtant une promesse de revenus et d’une vie meilleure. Mais cette quête peut parfois se transformer en piège mortel lorsque les galeries s’effondrent.

Dès lors, WakatSéra appelle les États africains à renforcer les mesures de sécurité dans les zones d’exploitation. Pour le média, la protection des travailleurs doit aller de pair avec la préservation de l’environnement et la lutte contre les trafics qui entourent parfois l’exploitation aurifère.

Une manne économique à mieux encadrer

Malgré les risques, l’or occupe une place de plus en plus importante dans les économies africaines, notamment en raison de la hausse de son cours sur les marchés internationaux.

La République centrafricaine illustre cette dynamique. Selon Afric Telegraph, le pays a exporté pour 313 millions de dollars d’or en 2025.

Cette progression des exportations pose toutefois la question de la gouvernance du secteur minier. Les autorités centrafricaines cherchent depuis plusieurs années à renforcer la traçabilité de l’or et à lutter contre les circuits illicites.

Par ailleurs, la présence d’opérateurs étrangers, notamment russes, ajoute une dimension supplémentaire à la gestion du secteur extractif centrafricain.

Faire de l’or un moteur du développement

Pour les autorités centrafricaines, l’enjeu consiste désormais à transformer la richesse aurifère en véritable levier de développement. Pour y parvenir, elles devront notamment renforcer la fiscalité minière, améliorer la collecte des redevances et orienter une partie des recettes vers la diversification de l’économie.

En parallèle, elles devront améliorer la traçabilité de la production et renforcer les contrôles sur les sites d’exploitation. Cette démarche permettra non seulement de réduire les activités clandestines, mais aussi de mieux protéger les travailleurs.

Enfin, les États africains devront répondre aux exigences croissantes de leurs partenaires internationaux en matière de transparence.

Le drame de Zamboï rappelle donc une réalité persistante : l’Afrique dispose d’immenses ressources aurifères, mais leur exploitation ne peut plus se faire au prix de vies humaines. Pour transformer durablement cette richesse en moteur de développement, les gouvernements devront concilier sécurité, transparence, protection de l’environnement et meilleure redistribution des revenus miniers.

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