À moins d’un an de l’élection présidentielle et des législatives prévues le 10 août 2027, le Kenya voit déjà monter les tensions politiques. Alors que le président William Ruto a confirmé sa volonté de briguer un nouveau mandat, l’opposition cherche à fédérer les mécontentements. Dans ce contexte, l’ONG Vocal Africa appelle la Cour pénale internationale (CPI) à surveiller étroitement la situation, redoutant une nouvelle flambée de violences.

Vocal Africa appelle la CPI à la vigilance

Dans une lettre adressée à la CPI, l’organisation de défense des droits humains demande à la juridiction internationale de placer le Kenya « sous étroite surveillance » à l’approche du scrutin de 2027.

Vocal Africa dénonce notamment une « dégradation rapide de la situation politique, sécuritaire et des droits humains ». L’ONG s’inquiète surtout de la multiplication des discours incendiaires dans le débat politique.

Par ailleurs, elle pointe du doigt la présence croissante de goons, des hommes recrutés pour perturber les rassemblements et semer le chaos. Selon l’organisation, ces groupes servent désormais à intimider ou attaquer des responsables politiques, des journalistes, des manifestants et des militants lors de meetings ou de manifestations.

Une dizaine d’incidents recensés en quelques mois

Les inquiétudes de la société civile s’appuient également sur plusieurs incidents enregistrés récemment. Entre juin et août, la Commission nationale kényane des droits humains a recensé une dizaine de cas de violences ou de perturbations à travers le pays.

Parmi ces incidents, la Commission cite notamment une réunion citoyenne consacrée à la lecture du budget, organisée dans une église de Nairobi, que des goons ont perturbée.

En outre, la campagne précédant l’élection partielle d’Ol-Kalou, en juillet, a été marquée par une « violence sans précédent », selon les observateurs.

Plus récemment, le 16 août, deux personnes ont perdu la vie lors d’un rassemblement de l’opposition dans l’ouest du Kenya. Cet épisode a de nouveau illustré la montée des tensions politiques dans le pays.

Le traumatisme des violences de 2007 toujours présent

Face à ces signaux d’alerte, Vocal Africa appelle à ne pas minimiser les risques. L’organisation rappelle notamment le lourd bilan des violences qui ont suivi l’élection présidentielle de 2007.

À l’époque, plus de 1 000 personnes avaient perdu la vie dans les affrontements post-électoraux. Le pays avait alors connu l’une des crises politiques les plus graves de son histoire récente.

Le parcours judiciaire de William Ruto renforce également les inquiétudes de l’ONG. L’actuel président avait fait l’objet d’une procédure devant la CPI pour son implication présumée dans les violences post-électorales de 2007-2008.

Cependant, la CPI a finalement abandonné les poursuites en 2016. Le procureur avait alors évoqué de fortes pressions exercées sur les témoins. Certains avaient été tués ou portés disparus, tandis que d’autres avaient retiré leurs témoignages.

Une campagne qui s’annonce sous tension

Alors que la campagne électorale n’a pas encore officiellement commencé, les différents acteurs politiques ont donc déjà commencé à se mobiliser. William Ruto prépare sa candidature à un nouveau mandat, tandis que l’opposition tente de rassembler les électeurs mécontents.

Dans ce contexte, la société civile redoute que la montée des discours hostiles et le recours aux groupes violents ne ravivent les vieux démons du pays.

À l’approche du scrutin de 2027, les organisations de défense des droits humains appellent ainsi les autorités à prendre rapidement des mesures pour prévenir les violences et garantir un processus électoral pacifique.

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