Le Sénégal renforce son arsenal juridique contre la progression des cybermenaces. Réunis en séance plénière, les députés ont adopté à l’unanimité le projet de loi n° 25/2026 relatif à la protection des infrastructures d’informations critiques et à la sécurité numérique.
Sur les 165 députés inscrits, 127 ont participé au vote. Parmi eux, 15 ont voté par procuration. Aucun député ne s’est opposé au texte et aucune abstention n’a été enregistrée.
Ce vote traduit une large convergence politique autour d’un enjeu désormais stratégique. Il s’agit notamment de mieux protéger les infrastructures, les données et les systèmes numériques indispensables au fonctionnement de l’État.
Présenté par le ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, le projet a également bénéficié du soutien du ministre de la Communication, Bacary Sarr. Le texte entend apporter une réponse globale à l’évolution des cyberattaques et aux menaces visant les infrastructures numériques nationales.
Un régime renforcé pour les infrastructures critiques
L’un des principaux apports de la nouvelle législation concerne la protection des infrastructures d’informations critiques.
Le texte prévoit un régime de protection renforcé pour les installations, systèmes et plateformes considérés comme essentiels à la sécurité et au fonctionnement du pays. Certaines dispositions relèvent notamment du secret de la défense nationale.
L’objectif consiste à réduire la vulnérabilité des secteurs stratégiques. Ces infrastructures peuvent en effet constituer des cibles privilégiées pour les cyberattaques.
Une attaque réussie pourrait perturber des services essentiels, provoquer des interruptions importantes ou compromettre des informations sensibles. Le nouveau cadre juridique doit donc permettre de mieux anticiper ces risques et d’améliorer la résilience des systèmes concernés.
L’intelligence artificielle prise en compte
La loi tient également compte des mutations rapides du secteur numérique. L’intelligence artificielle figure notamment parmi les nouvelles technologies susceptibles de créer de nouveaux risques.
Pour éviter que le cadre juridique ne devienne rapidement obsolète, le législateur a privilégié une approche fondée sur des principes généraux de sécurité. Le dispositif s’appuie également sur des normes techniques pouvant évoluer en fonction des innovations.
Cette souplesse doit permettre aux autorités d’adapter les mécanismes de protection à l’apparition de nouvelles technologies et de nouvelles formes de cybermenaces.
L’Autorité nationale de cybersécurité aura notamment un rôle important dans cette adaptation. Elle devra contribuer à l’évolution des normes et des dispositifs nécessaires à la protection des infrastructures numériques.
La souveraineté des données au centre du dispositif
La nouvelle loi accorde par ailleurs une place importante à la maîtrise des données publiques et stratégiques.
Le texte consacre notamment le principe de conservation sur le territoire national des données considérées comme sensibles pour l’État. Cette disposition renforce la volonté du Sénégal de consolider sa souveraineté numérique.
Dans cette stratégie, les infrastructures nationales d’hébergement occupent une place centrale. Le Data Center de Sénégal Numérique (SENUM) devrait notamment jouer un rôle important dans la conservation et la sécurisation des données concernées.
Cette orientation vise à limiter la dépendance à l’égard d’infrastructures étrangères. Elle doit également permettre à l’État de mieux contrôler les données stratégiques et les conditions de leur hébergement.
La protection des usagers également intégrée
Le texte ne se limite toutefois pas à la sécurité des infrastructures publiques. Il comporte également des dispositions consacrées à l’inclusion et à la protection des utilisateurs du numérique.
Le Plan d’action de protection des enfants en ligne (PAPEL) est ainsi intégré au nouveau dispositif. Cette disposition traduit la volonté des autorités de renforcer la protection des publics vulnérables face aux risques liés à l’utilisation d’Internet.
Le texte prévoit également des garanties d’accès et d’emploi sans discrimination pour les personnes vivant avec un handicap dans le secteur de la cybersécurité.
Cette approche élargit donc la portée de la nouvelle législation. La cybersécurité ne concerne plus uniquement les infrastructures de l’État. Elle touche également les citoyens, les entreprises et les différents acteurs de l’écosystème numérique.
Une nouvelle étape vers la souveraineté numérique
Avec l’adoption unanime de ce projet de loi, le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la consolidation de sa souveraineté numérique.
Le texte vise à renforcer la protection des infrastructures critiques et des données stratégiques. Il cherche également à améliorer la capacité du pays à prévenir et à gérer les cyberattaques.
Au-delà de la sécurité informatique, cette nouvelle législation pourrait également favoriser l’émergence d’une véritable économie nationale de la cybersécurité. Elle doit ainsi contribuer à renforcer les compétences, les infrastructures et les mécanismes de protection nécessaires.
Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de transformer ce nouveau cadre juridique en dispositifs opérationnels. L’objectif sera de garantir une meilleure résilience du pays face à des menaces numériques en constante évolution.

