Le Sénégal est en deuil. Mouhamadou Samoura, figure majeure des télécommunications et artisan de la modernisation numérique du pays, est décédé à l’hôpital militaire de Ouakam, à Dakar, à l’âge de 86 ans. Né en 1940 à Kondokhou, celui que ses proches surnommaient affectueusement « Kediakhou Mahmoudou » laisse derrière lui un héritage exceptionnel. Ingénieur de renom, bâtisseur discret et homme d’une rare intégrité, il a profondément marqué l’histoire des télécommunications au Sénégal et en Afrique.

Un brillant parcours académique

Après l’obtention de son baccalauréat série C au lycée Faidherbe en 1962, Mouhamadou Samoura poursuit des classes préparatoires au lycée Champollion de Grenoble avant d’intégrer les plus prestigieuses écoles françaises. Il obtient un diplôme d’ingénieur en télécommunications à l’École supérieure d’électronique et d’automatique de Paris en 1969, puis un second diplôme d’ingénieur en électronique à l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris en 1971.

L’un des bâtisseurs des télécommunications sénégalaises

De retour au Sénégal, il s’impose rapidement comme un ingénieur de terrain reconnu pour sa rigueur et son sens du résultat. Il occupe successivement les fonctions de chef de division commutation puis de directeur de l’École multinationale des télécommunications de Rufisque entre 1974 et 1978. La même année, le président Léopold Sédar Senghor le nomme directeur technique de l’Office des postes et télécommunications (OPT). À ce poste, il joue un rôle déterminant dans la conception et la mise en place de Sonatel SA, dont il est considéré comme l’un des principaux architectes.

Un visionnaire du numérique africain

Mouhamadou Samoura a largement contribué à l’interconnexion du réseau national de télécommunications ainsi qu’au développement des infrastructures sous-régionales. Il participe également aux premiers groupes d’experts de l’Union internationale des télécommunications (UIT), chargés d’élaborer les normes techniques qui serviront de fondement au développement du multimédia et des réseaux numériques modernes. Visionnaire, il fait partie des premiers ingénieurs africains à croire au potentiel de la fibre optique. Dès 1978, il supervise son déploiement sur le réseau Panaftel, à une époque où cette technologie suscitait encore de nombreuses réserves.

Un acteur du rayonnement africain

Après avoir dirigé l’Union africaine des postes et télécommunications à Brazzaville jusqu’en 1994, il revient au Sénégal où il termine sa carrière à Sonatel en qualité d’inspecteur général. À la retraite, il poursuit son engagement en accompagnant plusieurs pays africains dans la mise en place de leurs systèmes de télécommunications. Il s’engage également en politique et sera élu président du Conseil régional de Tambacounda.

Un homme d’intégrité et de simplicité

Au-delà de ses réalisations techniques, Mouhamadou Samoura restera dans les mémoires comme un homme d’une grande modestie. Ceux qui l’ont connu saluent son sens aigu des responsabilités, sa ponctualité, sa fiabilité ainsi que son exigence professionnelle. Sa probité était unanimement reconnue. Refusant tout avantage indu, il privilégiait systématiquement une gestion rigoureuse des ressources publiques. Même lorsqu’il pouvait voyager en classe affaires, il choisissait la classe économique, estimant que les moyens de l’État devaient être utilisés avec sobriété.

Un héritage durable

Pragmatique et tourné vers l’action, Mouhamadou Samoura défendait une philosophie simple : se concentrer sur les forces plutôt que sur les faiblesses, et transformer les opportunités en leviers de développement. Son parcours fait de lui l’un des grands pionniers des télécommunications au Sénégal et en Afrique. Son œuvre continue de vivre à travers les infrastructures qu’il a contribué à bâtir, les générations d’ingénieurs qu’il a formées et les fondations qu’il a posées pour l’économie numérique. Avec sa disparition, le Sénégal perd un visionnaire, un serviteur de l’État et l’un des principaux artisans de son développement technologique.

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