Une semaine après la collision de deux trains à grande vitesse qui a fait 69 morts en Espagne, le parquet européen a ouvert, vendredi 6 novembre, une enquête sur une éventuelle fraude dans l’utilisation des fonds européens consacrés à la rénovation de la ligne Madrid-Séville. Cette nouvelle procédure vise notamment les travaux de modernisation des systèmes de sécurité, de signalisation et de communication. L’affaire intervient dans un contexte de crise au sein du secteur ferroviaire espagnol, marqué par plusieurs démissions au sommet de l’administration.

Des soupçons de détournement des fonds européens

Dans un communiqué, le parquet européen indique enquêter sur une possible fraude liée aux financements européens destinés à améliorer la sécurité de la ligne ferroviaire Madrid-Séville.

Pour faire avancer les investigations, les enquêteurs ont engagé des démarches auprès de l’Adif, l’entreprise publique chargée de gérer les infrastructures ferroviaires espagnoles, ainsi que d’autres organismes publics.

La Cour des comptes a également confirmé la présence d’agents de l’Unité centrale opérationnelle (UCO) de la Garde civile dans ses locaux, à la demande du parquet européen, afin de recueillir des informations.

Cette enquête financière reste distincte de celle menée par la justice espagnole pour déterminer les circonstances exactes de la collision. Le drame d’Urda a fait 69 morts, après un autre accident survenu en janvier sur la même ligne, qui avait coûté la vie à 46 personnes.

Une succession de démissions après les accidents

Les premières investigations sur la catastrophe d’Urda évoquent une panne informatique qui aurait contraint plusieurs trains à s’arrêter. Une erreur de communication depuis le centre de contrôle de Madrid aurait ensuite conduit l’un des convois à reprendre sa circulation à vitesse normale.

Le train aurait alors percuté un autre convoi immobilisé, à une vitesse estimée entre 160 et 200 km/h, selon une première note de l’autorité indépendante chargée des enquêtes sur les accidents ferroviaires.

Face à la pression politique, le ministre des Transports, Oscar Puente, a présenté sa démission mardi. Il a justifié son départ par la gravité des deux accidents survenus en moins d’un an.

Le lendemain, Luis Pedro Marco de la Peña, président de l’Adif, a également quitté ses fonctions.

Pedro Sanchez confronté à une nouvelle crise politique

Après le départ d’Oscar Puente, le Premier ministre Pedro Sanchez a confié provisoirement le portefeuille des Transports au ministre de l’Économie, Carlos Cuerpo.

Le chef du gouvernement a réaffirmé sa volonté de rétablir le fonctionnement normal du réseau ferroviaire à grande vitesse. Il avait auparavant reconnu que cette nouvelle catastrophe avait profondément ébranlé la confiance des usagers.

Cette crise fragilise davantage le gouvernement socialiste, à quelques semaines des élections législatives anticipées du 29 novembre, alors que les sondages lui sont défavorables.

Par ailleurs, le ministère des Transports reste au cœur de plusieurs affaires judiciaires. José Luis Ábalos, ancien titulaire du portefeuille entre 2018 et 2021, a été condamné en juin à 24 ans de prison pour des faits de corruption liés à l’achat de masques pendant la pandémie de Covid-19.

À la suite de l’annonce de l’enquête européenne, Carmen Funez, secrétaire adjointe à la santé et à la politique sociale du Parti populaire (droite), a vivement critiqué le gouvernement. Elle accuse Pedro Sanchez de mauvaise gestion et estime que les défaillances de son administration ont coûté des vies humaines.

L’ouverture de cette nouvelle enquête ajoute ainsi une dimension financière et politique aux investigations sur les catastrophes ferroviaires qui secouent l’Espagne.

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